Sénégal : Les Influenceurs au cœur de la Communication institutionnelle de l’État

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Dans un monde saturé de contenus et d’images, communiquer n’est plus un luxe, c’est une exigence stratégique. Pourtant, au Sénégal, la communication institutionnelle publique semble reléguée au second plan, laissée entre les mains de figures populaires – souvent sans formation, sans ligne éditoriale claire – au détriment d’un message officiel cohérent, pertinent et harmonisé.

Entre improvisation et amateurisme

1. Absence de stratégie globale de communication publique : De prime abord, chaque acteur institutionnel semble parler dans un tunnel sans écho commun. En somme, on semble assister à une absence de cadre global d’harmonisation de la communication gouvernementale.

2. Dépendance croissante aux influenceurs : Pour “faire le buzz” ou “parler aux jeunes”, l’État semble déléguer sa parole à des personnalités digitales, sans cadrage ni responsabilité.

3. Incohérence des messages : Ce qui est dit le matin par un porte-parole peut être contredit l’après-midi par un influenceur »défendant » l’action publique. Cet acte de bonne foi résulte d’une absence de cadre de concertation préalable, au-delà d’une formation de base absente.

4. Marginalisation des communicants professionnels : Les journalistes, experts en communication, enseignants, attachés de presse formés sont trop souvent écartés au profit d’une communication émotionnelle, volatile et non durable.

Les Enjeux : restaurer la puissance du message public

Crédibilité de l’État : Un État dont la parole est brouillée peut perdre son autorité morale et politique.

Éducation des citoyens : Une communication publique bien construite est un instrument de pédagogie civique et de mobilisation nationale.

Prévention des tensions : La mauvaise circulation de l’information ou son instrumentalisation par des influenceurs peu soucieux de cohérence peut provoquer des malentendus, des polémiques, entre autres.

À l’ère du numérique, ne pas contrôler son message, c’est livrer sa souveraineté aux réputations éphémères.

Solutions Opérationnelles : reprendre la parole avec méthode

  1. Mettre en place une Haute Autorité de la Communication Gouvernementale (HACG)

Un organe transversal chargé de veiller à l’unité du message, de former les communicants institutionnels, d’élaborer les canevas stratégiques de communication publique.

  • Former les influenceurs partenaires

Si l’État veut s’associer à des figures du numérique, il doit les former aux valeurs républicaines, à l’éthique de communication publique, et surtout, les encadrer juridiquement.

  • Renforcer les directions de communication dans les ministères et structures publiques

Cela passe par la valorisation des communicants de carrière, la mise à niveau des compétences, et la coordination avec les services centraux.

  • Créer une charte de communication institutionnelle

Une boussole pour tous les acteurs : ministères, agences, délégations, influenceurs associés.

  • Exploiter les canaux digitaux mais avec des contenus maîtrisés

Vidéos pédagogiques, podcasts, entre autres, mais toujours pensés par des professionnels, validés par l’institution HACG, orientés vers la compréhension et la confiance.

Aujourd’hui, le pouvoir ne réside plus seulement dans les décisions, mais dans la manière dont ces décisions sont racontées, expliquées, portées au Peuple. Si l’État ne prend pas la pleine mesure de cette fonction, d’autres le feront à sa place – sans filtre, sans rigueur, sans attachement à l’intérêt général.

L’État doit mieux parler, pas pour séduire, mais pour convaincre. Ce n’est pas le nombre de vues qui fait l’autorité, c’est plutôt la cohérence du message.

À force de déléguer sa Voix, l’État devient muet.

Ainsi, reprendre la parole, c’est reprendre le pouvoir. Et c’est impératif.

Par Alioune Badara SY

Consultant en Ingénierie du Développement

Professeur à l’UCAD

Président du CREDA

‪+221703214402

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E-mail : creda28creda@yahoo.fr

Site web : www.creda-afrique.com

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