Africa Climate Insights (ACI), en partenariat avec la Fondation Heinrich Böll et avec l’appui technique du cabinet Clim’Act, a lancé ce mercredi
12 novembre 2025 à Dakar son produit de connaissances sur les impacts des énergies fossiles et les opportunités d’une transition énergétique juste au Sénégal. Cette étude, réalisée avec la Plateforme des Acteurs de la Société Civile pour une Transition Énergétique Juste (PACTEJ), intervient dans un contexte d’exploitation des ressources pétrolières et gazières.L’étude d’ACI, fruit d’une large recherche documentaire, d’entretiens et d’enquêtes de terrain, pose un diagnostic clair : la dépendance du Sénégal aux combustibles fossiles fragilise son économie et ses engagements climatiques.
Selon Awa Traoré, directrice pays d’Africa Climate Insights, « l’objectif principal de cette étude était de documenter les impacts des énergies fossiles, de mettre en lumière les opportunités qu’offrent les énergies renouvelables, mais aussi de proposer des pistes d’action pour rendre la transition énergétique juste, équitable, inclusive et durable. »
Réalisée dans six zones — Taiba Ndiaye, Dionewar, Cayar, Djiffer, Guet Ndar et Bokhol —, l’étude révèle une forte attente d’implication citoyenne : 93 % des ménages interrogés souhaitent être associés aux décisions locales liées à la transition énergétique. « Il faut décentraliser la gouvernance énergétique, pour qu’elle cesse d’être un concept technocratique et devienne une appropriation collective des communautés et des collectivités territoriales », plaide Mme Traoré.
Des impacts déjà visibles sur les communautés côtières
Les conclusions du rapport sont sans équivoque. Dans plusieurs zones côtières, notamment Saint-Louis, Kayar, Djiffer et Dionewar, les activités extractives ont déjà un effet tangible sur les conditions de vie. Les captures de poissons ont chuté de 78 %, tandis que 42 % des femmes transformatrices déclarent ne plus avoir accès à des ressources suffisantes pour maintenir leurs activités.
Lors de la cérémonie de lancement, Mme Fama Sarr, secrétaire adjointe du Conseil local de la pêche artisanale de Saint-Louis, a témoigné de ces difficultés : « L’exploitation des hydrocarbures a un impact direct sur notre quotidien. Nous constatons une raréfaction du poisson, ce qui menace nos revenus et fragilise toute la filière artisanale. »
Ces constats renforcent l’urgence d’une transition énergétique tournée vers les besoins réels des populations. Pour Awa Traoré, il est essentiel que « la transition énergétique réponde d’abord aux besoins socio-économiques des communautés, tout en valorisant leurs savoir-faire et leur résilience ».
Les énergies renouvelables, une voie d’avenir
Malgré les défis, le rapport d’ACI ouvre des perspectives prometteuses. Le solaire représente déjà 13 % du mix électrique national, avec 245 MW installés et 133 mini-réseaux ruraux, tandis que l’éolien et le biogaz devraient porter la capacité totale du pays à plus de 1 100 MW d’ici 2034. Ces investissements, souligne l’étude, sont « économiquement viables, socialement bénéfiques et générateurs d’emplois locaux ».
Mme Traoré a insisté également sur l’importance de valoriser les réussites locales, citant l’exemple de Bokhol, où « l’appropriation communautaire des projets d’énergie renouvelable a démontré son efficacité ». « Ce modèle mérite d’être répliqué à l’échelle nationale », a-t-elle ajouté.
Une société civile engagée pour une transition juste
La Dr Fatima Diallo, coordinatrice nationale de la PACTEJ, s’est félicitée de la démarche participative d’ACI :
« Nous saluons cette initiative qui met à disposition un outil de connaissance utile à toutes les organisations de la société civile. Elle permet une vision harmonisée des enjeux et du potentiel des énergies renouvelables pour le Sénégal. »
Elle a souligné que la PACTEJ partage pleinement l’appel à la décentralisation de la gouvernance énergétique, afin de placer les collectivités territoriales et les communautés locales au cœur du processus.
Pour elle, « cette équité énergétique doit permettre non seulement l’universalisation de l’accès à l’énergie, mais aussi la réduction de l’empreinte écologique du pays ».
La coordinatrice a enfin annoncé que la plateforme travaillera à « diffuser les messages de cette étude dans toutes les régions du Sénégal et au-delà », en collaboration avec les partenaires techniques et financiers.
Un appel à des financements inclusifs
Lancée à la veille de la COP30 à Belém (Brésil), cette initiative prend une dimension stratégique. ACI et la Fondation Heinrich Böll appellent les partenaires internationaux du JETP (Just Energy Transition Partnership) — dont l’Allemagne, la France, le Canada et l’Union européenne — à prendre en compte les réalités endogènes du Sénégal dans leurs mécanismes de financement.
Pour Awa Traoré, « il est temps de repenser les modèles de financement de la transition énergétique afin qu’ils soient réellement inclusifs et qu’ils soutiennent les communautés plutôt que de renforcer la dette. »
Alioune Badara DIATTA
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