Changement climatique, économie circulaire : Le modèle finlandais, une source d’inspiration

1
582

Vantaan Energia : l’énergie circulaire au service d’une ville décarbonée

À une quinzaine de kilomètres au nord d’Helsinki, la ville de Vantaa abrite l’un des modèles les plus avancés d’économie circulaire appliquée à l’énergie. Forte de 250 000 habitants, elle s’est imposée comme un laboratoire grandeur nature pour les transitions énergétiques urbaines. Au cœur de ce dispositif : Vantaan Energia, entreprise publique détenue par la Ville de Vantaa (60 %) et celle d’Helsinki (40 %), sans capital privé.

« Notre mission est claire : fournir une énergie propre, fiable et abordable à nos habitants. En hiver, les températures peuvent descendre à -30 °C. Un système de chauffage performant est vital », rappelle Juha Luomala, vice-président chargé de la communication et des affaires publiques de l’entreprise.

Vantaan Energia exploite un réseau de chauffage urbain de 600 km, auquel sont raccordés 90 % des bâtiments de la ville. Elle gère aussi un réseau électrique de plus de 3 700 km, principalement souterrain pour résister aux intempéries. « Grâce à ce maillage, Vantaan propose les prix les plus compétitifs de la région métropolitaine d’Helsinki », précise M. Luomala.

Transformer les déchets en énergie

L’un des piliers de l’entreprise repose sur la valorisation énergétique des déchets. Chaque année, 520 000 tonnes de déchets ménagers, commerciaux et industriels sont incinérées dans deux unités. Cette énergie alimente à la fois la production de chaleur (128 MW) et d’électricité (84,5 MW).

« Le principe est simple : recycler ce qui peut l’être, valoriser le reste. Grâce à cette approche, nous réduisons l’enfouissement et transformons les déchets en ressources locales », détaille Juha Luomala.

Une usine de haute température, capable de traiter 40 000 tonnes de déchets, sera opérationnelle courant 2025. Avec des températures pouvant atteindre 1 300 °C, elle permettra une destruction complète des résidus toxiques et une récupération énergétique efficace.

Juha Luomala expliquant le processus de transformation

Le projet « Varanto » : stockage thermique révolutionnaire

Le projet le plus emblématique de Vantaan Energia est « Varanto« , un réservoir de stockage thermique saisonnier qui sera le plus grand du monde. Ce bassin de plus de 1 million de m³ stockera de l’eau chauffée à 140 °C durant l’été (grâce à la pression hydrostatique) pour alimenter le réseau de chaleur en hiver. Il offrira une capacité de 90 GWh — de quoi chauffer une ville entière pendant des mois.

Zéro émissions fossiles d’ici 2026

Vantaan Energia vise une production énergétique sans combustibles fossiles dès 2026. En 2010, l’entreprise émettait près de 900 000 tonnes de CO₂. En 2025, elle s’approche du zéro fossile. À l’horizon 2035, elle prévoit de capturer et stocker jusqu’à 660 000 tonnes de CO₂ par an, dont 50 à 60 % d’origine biosourcée, grâce à un projet de capture et stockage du carbone.

Le mix énergétique de Vantaan Energia en 2024 repose sur : 66 % de déchets, 17 % de bioénergie, 9 % de gaz naturel, 6 % de charbon, 2 % de tourbe. Pour l’électricité : 39,5 % hydroélectrique, 20,7 % nucléaire, 19,7 % éolien.

« Nous avons déjà investi plus d’un milliard d’euros dans cette transition, et prévoyons un autre milliard sur les dix prochaines années », chiffre Juha Luomala.

REMEO : donner une seconde vie aux matières

Si le nom Remeo vient du latin remeare, signifiant « retourner », l’entreprise finlandaise veut surtout dire : remettre en circulation. Plastiques, papiers, métaux, gravats… rien ne doit finir en décharge si la technologie peut le retransformer en ressource.

Panu Routasalo, directeur général de l’entreprise, porte cette conviction forte : « Nous reprenons les matériaux que d’autres jettent. Nous les traitons, les nettoyons, les séparons et les réinjectons dans l’économie. Notre mission, c’est d’éviter le gaspillage à toutes les étapes. »

Cette entreprise 100 % finlandaise, détenue depuis 2016 par un groupe d’investissement local, a fait le pari de transformer une société logistique spécialisée dans la collecte des déchets en un acteur intégré de l’économie circulaire. Chaque année, 600 000 tonnes de déchets y sont traitées, dont 60 000 tonnes de plastique recyclé.

L’urgence écologique comme moteur

Pour Routasalo, l’argument écologique ne fait plus débat. Il est temps d’agir massivement : « 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Nous avons franchi le seuil des 1,5 °C. 90 % des pertes de biodiversité, 50 % des émissions de gaz à effet de serre, et 66 % de la dégradation des milieux marins sont liés à notre consommation de ressources naturelles. »

Routasalo insiste : le recyclage ne suffit pas. Il doit s’inscrire dans un tout, et dépend en partie du design des produits eux-mêmes. « Si un emballage n’est pas conçu pour être recyclé, ou contient plusieurs types de matériaux imbriqués, même notre technologie la plus avancée ne peut rien faire. Tout commence par la conception », martèle-t-il.

Alioune Badara DIATTA de retour de Finlande

"
"

1 COMMENTAIRE

  1. Dommage un accord excluant les décisions applicables aux fossiles dans une COP ne peut etre encore qu’un échec de suite et encore

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici