Réflexions de Belém (2) : avons-nous réellement besoin d’autant de réunions ?

0
506

À peine la COP30 s’est-elle achevée le 22 novembre 2025 à Belém que la machinerie multilatérale s’est immédiatement remise en mouvement. Le 24 novembre, la COP de la CITES, la Convention internationale sur le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, a démarré à Samarcande, en Ouzbékistan. La 23ᵉ session du Comité chargé de l’examen de la mise en œuvre de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CRIC23/CNULCD) débutera à Panama City du

1er au 5 décembre 2025.

Ce rythme soutenu va se poursuivre jusqu’à Noël : la 7ᵉ Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA-7) se tiendra à Nairobi du 8 au 12 décembre, suivie, quelques jours plus tard, par une réunion de la Coalition des ministres des Finances pour l’action climatique à Lusaka

En 2026, trois autres COP majeures sont attendues : en Turquie pour la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), en Mongolie pour la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) et en Arménie pour la Convention sur la diversité biologique (CDB).

Cette cadence effrénée constitue un véritable défi et reste incompréhensible pour le grand public. Car tandis que les sommets se succèdent, les crises environnementales, elles, s’aggravent. 

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’année 2025 devrait figurer parmi les deuxième ou troisième années les plus chaudes jamais enregistrées.

D’après le Living Planet Report 2024, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages étudiées a chuté de 73 % entre 1970 et 2020. Selon le 2025 Land Gap Report, en 2024, la perte forestière mondiale a atteint un niveau alarmant : environ 8,1 millions d’hectares de forêts ont été perdus en une seule année.

Au fil des décennies, un édifice institutionnel tentaculaire s’est formé, reposant sur plus de 260 accords multilatéraux environnementaux. Leur superposition a généré une fragmentation des négociations, une dispersion des financements, des contradictions entre obligations juridiques et une fatigue diplomatique croissante, en particulier pour les pays en développement, qui peinent à suivre techniquement le rythme malgré les délégations pléthoriques observées à Dubaï, Belém et ailleurs. 

Pour autant, remettre en cause les COP serait une erreur. La véritable question n’est pas de savoir s’il faut conserver ou espacer les COP, mais comment les repenser.

Pour comprendre pourquoi plusieurs COP subsistent, il faut revenir aux origines des grandes conventions. Chacune est née d’un moment distinct de l’histoire internationale. La Convention-cadre sur le climat a été forgée au début des années 1990 sous l’impulsion d’un consensus scientifique clarifiant le rôle des émissions anthropiques dans le réchauffement global. La biodiversité, en revanche, s’est inscrite dans un paradigme très différent, celui de la souveraineté des États sur leurs ressources biologiques, de la conservation des écosystèmes et de l’accès aux ressources génétiques. La lutte contre la désertification est issue d’une dynamique encore particulière, marquée par l’urgence des sécheresses sahéliennes des années 1970 et 1980 et par les appels des États africains à un cadre juridique dédié à la gestion durable des terres arides.

Au fil des années, les COP ont acquis une dimension politique majeure. Elles fonctionnent comme des « rituels » annuels où chefs d’État, ministres, entreprises, ONG, scientifiques et journalistes convergent pour s’exprimer, négocier, s’exposer ou dénoncer. Leur importance dépasse largement les textes qu’elles produisent. Elles forment des arènes de diplomatie publique où se joue la légitimité des États et où s’élaborent les récits globaux du changement écologique.

Même lorsqu’elles produisent peu de résultats concrets, ces rencontres restent essentielles pour maintenir la pression politique. Chaque État doit rendre des comptes devant la communauté internationale, devant ses pairs et devant ses citoyens. De nombreuses avancées symboliques (Accord de Paris en 2015, le Cadre mondial de la biodiversité en 2022 ; etc.) n’auraient jamais vu le jour sans la dynamique cumulative des COP.

Une hypothétique fusion des conventions issues du Sommet de la Terre de Rio de 1992 diluerait les spécificités de chacune, remettrait en cause des acquis importants et risquerait de créer un appareil bureaucratique ingérable. En revanche, une convergence intelligente et progressive est non seulement possible, mais nécessaire.

La première étape consiste à renforcer la coordination entre ces trois conventions. Il y a déjà beaucoup d’initiatives dans ce sens. L’alignement de leurs calendriers, de leurs dispositifs de rapportage, de leurs mécanismes de suivi et de leurs priorités stratégiques permettrait de réduire la charge institutionnelle pesant sur les États, particulièrement en Afrique, où la multiplication des obligations administratives constitue un frein majeur à la mise en œuvre. Au niveau national, la mise en place d’un Secrétariat unique pour les trois conventions serait un pas décisif vers la cohérence.

Une autre piste consiste à instaurer un « super-cycle de Rio », réunissant les trois Conférences des Parties la même année et dans un même lieu, avec un segment de haut niveau unique (élargi aux ministères des finances et autres portefeuilles pertinents) consacré aux enjeux transversaux. Une telle configuration réduirait les coûts logistiques, renforcerait la cohérence politique et faciliterait les interactions entre les négociateurs du climat, de la biodiversité et de la désertification.

Par ailleurs, la création de mécanismes transversaux apparaît indispensable. Des financements intégrés pour les projets relatifs simultanément au climat, à la biodiversité et aux terres permettraient d’éviter la fragmentation actuelle des ressources. Des stratégies nationales unifiées pourraient remplacer la mosaïque actuelle de plans et de cadres stratégiques. De même, la création d’une plateforme scientifique conjointe ou des espaces de dialogue entre le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) et l’Interface science-politique (SPI) de la CNULCD serait cohérente avec l’interconnexion des crises écologiques.

Enfin, la mise en œuvre devrait reposer sur des structures plus opérationnelles que les COP elles-mêmes. Les COP fixent les orientations, mais elles ne peuvent à elles seules garantir l’exécution. Des institutions permanentes, dotées de moyens adéquats, sont nécessaires pour assurer le suivi, évaluer les progrès, identifier les manquements et accompagner les États dans l’atteinte de leurs objectifs.

Le moment est venu de dépasser la logique des négociations fragmentées. L’enjeu n’est plus de multiplier les réunions, mais de renforcer la convergence, la cohérence et la mise en œuvre. Car le véritable défi du XXIᵉ siècle n’est plus de négocier davantage, mais d’agir mieux ensemble.

Dr Arona SOUMARÉ

"
"

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici