La régulation est un instrument essentiel pour le bon fonctionnement du secteur de l’énergie. C’est le message principal délivré par Elhadji Diakhaté, directeur de la régulation économique à la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE), lors de l’atelier technique de formation et de sensibilisation destiné au Collectif des journalistes économiques du Sénégal (COJES).
Organisé par la CRSE avec l’appui technique et financier de MCA-Sénégal II, via le Sénégal Power Compact du Millenium Challenge Corporation (MCC), cet atelier qui s’est tenu du 28 au 29 novembre visait à renforcer la compréhension des mécanismes de régulation, souvent perçus comme complexes mais déterminants pour l’équilibre du système énergétique.
Quand le marché atteint ses limites
Selon M. Diakhaté, le secteur de l’énergie, caractérisé par des investissements lourds et des infrastructures non duplicables, relève du monopole naturel. Dans ce contexte, le marché ne peut jouer pleinement son rôle de régulation des prix. Laisser le monopole fixer librement les tarifs pourrait conduire à des prix excessifs. À l’inverse, une pression publique pour maintenir artificiellement des prix bas compromettrait la qualité du service et obérerait la capacité d’investissement. « C’est précisément pour éviter ces dérives que la régulation intervient », précise-t-il.
Le tarif : un outil d’équilibre entre économie et justice sociale
Contrairement au prix issu du marché, le tarif est déterminé par le régulateur. Il peut intégrer des objectifs socio-économiques, notamment la protection des ménages vulnérables. Le principe d’équité horizontale garantit que des consommateurs aux profils similaires paient le même tarif, tandis que l’équité verticale permet d’ajuster les tarifs selon la capacité à payer. C’est ainsi que les consommations inférieures à
150 kWh bénéficient d’un tarif social. Toutefois, selon le directeur de la régulation, identifier avec précision les véritables bénéficiaires reste un défi majeur.Un secteur encore très dépendant des subventions
Les chiffres évoqués durant l’exposé de M. Diakhaté illustrent l’ampleur de cette dépendance. Entre 2022 et 2024, près de 600 milliards de FCFA ont été mobilisés pour compenser les coûts du secteur électrique. Le gaz butane reste également lourdement subventionné dans le cadre de la politique de butanisation. Si l’ajustement tarifaire effectué en 2023 a temporairement amélioré la situation, la tendance montre une fragilité persistante, notamment face aux fluctuations du marché international.
Assurer la viabilité du service public
Pour garantir un service continu et fiable, le tarif doit couvrir les coûts d’exploitation, de maintenance ainsi que les investissements nécessaires. « Le recouvrement des coûts est indispensable pour sécuriser le fonctionnement du système et préparer son développement », a souligné El Hadji Diakhaté. La structure tarifaire intègre également les frais d’accès au réseau, les taxes. L’Etat peut mettre en place des mécanismes de compensation, comme la péréquation transport, qui permet d’appliquer un même prix du carburant sur l’ensemble du territoire.
Alioune Badara DIATTA
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