« On ne peut pas avoir autant d’atouts et ne pas pouvoir développer notre industrie touristique » (Dr Adama Ndiaye)

0
410

Le Salon des Marchés touristiques africains (SMTA) ouvre ses portes ce lundi 8 décembre à Dakar. Jusqu’au

11 du même mois, experts, voyagistes, culturels, artistes, chercheurs vont se pencher sur le produit touristique africain et sénégalais en particulier. En perspective de cet événement majeur, le DG de l’Agence sénégalaise de promotion touristique (ASPT), Dr Adama Ndiaye, s’est confié à espacedev.net. Entretien.

Le SMTA démarre ce 8 décembre, en tant que maître d’œuvre de ce grand événement dans le domaine touristique, qu’est-ce qui a guidé l’Agence Sénégalienne de Promotion Touristique à organiser un tel événement à Dakar ?

Dr Adama Ndiaye : Merci beaucoup. Je pense qu’organiser un salon, c’est déjà une chose naturelle pour une agence de promotion, surtout une agence qui s’occupe de promotion au niveau national ou au niveau international. Les salons sont des rendez-vous très importants pour la vente de la destination, des destinations surtout, pour la promotion de produits nouveaux, mais également pour la contractualisation avec des partenaires d’affaires.
C’est un lieu d’affaires très important où pratiquement tout l’écosystème touristique se retrouve, aussi pour discuter, pour dessiner de nouvelles perspectives avec des thématiques souvent liées à l’environnement et au contexte. De plus en plus aujourd’hui, c’est plus même la solidarité qui est mise en avant. Et c’est dans ce sens que nous avons inscrit l’organisation de ce salon de Dakar, qui s’insère adéquatement dans l’orientation politique de l’Etat du Sénégal qui se manifeste dans sa configuration au niveau institutionnel, avec un ministère qui s’occupe de l’Intégration africaine, mais également des Affaires étrangères.
Et puisque nous parlons de Salon des marchés touristiques africains, évidemment cela veut dire aussi que nous avons l’intention de travailler ensemble, pour donner matière, donner corps à cette intégration. Mais au-delà, c’est pour le Sénégal également un objectif de repositionnement, parce que le Sénégal a perdu beaucoup de points du terrain de vue de son rang. Aujourd’hui, le Sénégal qui était la première destination en Afrique de l’Ouest, est loin derrière même le Ghana, derrière d’autres pays, comme le Benin.
Alors que ces pays se sont mis véritablement dans la production touristique réelle il y a moins de 10 ans, nous avons, nous, toute une histoire touristique. Le Sénégal a connu une production touristique très intense au sortir des crises pétrolières de 1973, mais également économiques et avait donc pris comme option de lancer la production des services au cours desquels s’inscrivait l’activité touristique. On ne peut pas avoir toute cette histoire, avoir toute cette expérience, capitaliser autant d’atouts et ne pas pouvoir développer notre industrie touristique. D’autant plus que l’on sait qu’un emploi sur onze au monde est occupé par le tourisme.
Si vous regardez très bien, même au niveau national, le tourisme représente quand même 7,1% du pays, avec plus de 100 000 emplois. Des statistiques qui, même si on peut les questionner, donnent déjà un bon aperçu de ce que peut représenter l’activité touristique. Alors, le salon en tant que tel, c’est aussi une opportunité pour le Sénégal d’affirmer, sérieusement, le produit touristique qui lui est spécifique.
Nous avons un produit touristique spécifique, tout simplement parce que du point de vue de la nature, on est très choyé, on a des paysages qui, du nord au sud, va du semi-désertique à la végétation luxuriante et abondante, donc forestière. D’est en ouest, c’est aussi un paysage très varié, le climat itou. Donc une variété végétale, florale et faunique aussi qui prête à tout type d’exploitation et de gammes de produits touristiques.
Toutefois, la mise en valeur est trop timide, si on se limite tout simplement à Dakar, on voit qu’effectivement sa macrocéphalie, du point de vue administratif, politique, économique, l’est également pour le tourisme. Tout est à Dakar. Ça également c’est un problème pour la promotion déjà de la destination, parce que l’offre réelle est dans les territoires. Or, cette offre, n’est pas très bien vue, n’est pas très bien exploitée parce qu’il n’y a pas l’investissement conséquent qui permettrait de voir cette offre. Donc, ce salon est aussi l’occasion de parler de cette offre des territoires avec les acteurs des territoires. C’est la raison pour laquelle nous avons dédié un pavillon spécial de plus de 200 à 300 mètres carrés aux territoires et où les syndicats d’initiative, les fédérations d’offices de tourisme vont s’unir, se rencontrer et donner vie à la production touristique qu’ils ont au niveau des territoires. Il s’agira également de montrer cette production à ces pays qui viendront, aux investisseurs et surtout de participer au panel scientifique qui permettra effectivement à ces explorateurs du nouveau siècle, j’ai dit explorateurs parce que c’est des chercheurs de niches, des investisseurs, des agents de voyage, des compagnies, tout cet écosystème touristique, de voir en réel ce que le Sénégal offre à partir de ce salon.

Quels sont les pays invités d’honneur les experts qui sont ciblés ?
L’objectif principal, donc, c’est de faire de Dakar, du Sénégal, la capitale du produit touristique africain. Ce qui fait que nous allons envisager l’alternance entre ce salon des marchés africains et celui du tourisme littoral et de la croisière SATOLIC, conformément au vœu du chef de l’État, qui veut qu’il y ait un salon international sur le tourisme, le transport aérien, ou le transport maritime, mais en tout cas à Dakar. Maintenant, l’enjeu aussi, c’est de positionner le Sénégal sur la marque Afrique, avec ce que nous apportons au niveau de ce salon. Mais c’est aussi permettre au Sénégal de discuter, de partager avec les pays, dont les invités d’honneur comme la Slovénie qui sont devenus aujourd’hui des cibles. Les gens nous diront, mais pourquoi la Slovénie ? Eh bien, c’est parce que tout simplement, la Slovénie est un pivot au niveau de l’Europe du centre, dans les Balkans. Ces pays ont, aujourd’hui, un pouvoir de consommation très élevé, parce que ce sont des pays qui se sont développés et dont on ne parle pas assez souvent.
Ce salon est donc, pour ces pays-là, une opportunité de connaître le monde. Le tourisme leur a offert aujourd’hui la possibilité de connaître le monde. Et puisque l’Afrique était restée mystérieuse jusqu’ici, il y a eu donc une volonté réelle de découvrir cette Afrique. Nous avons saisi cette opportunité pour que ces pays-là puissent véritablement trouver un point de chute, en tout cas au niveau de l’Afrique de l’Ouest.
Pour la Chine, les Chinois nous ont dit qu’ils sont prêts à nous envoyer plus de 10 millions de touristes par an. Un pays comme celui-là, l’inviter également, c’est tout simplement lui rendre le respect. C’est dire effectivement que nous sommes récepteurs de cette offre.
Maintenant, à nous de discuter, de travailler avec des investisseurs, des stratégistes, des maquettistes qui seront là pour travailler sur un produit qui répondrait aux attentes et aux besoins de ces marchés. Donc, la Chine est potentiellement un nouveau marché. D’ailleurs, rappelons que nous sommes en dessous des 2 millions de touristes par an.  1,7 millions environ. C’est très peu par rapport à l’écho du Sénégal, par rapport à ce que représente le Sénégal au niveau mondial, du point de vue diplomatique, politique, donc je pense qu’on mérite plus.

Nous allons accueillir plus de 15 pays, dont les 6 pays invités d’honneur, mais également des délégations. Il y a l’AES qui va être là, l’alliance qui regroupe Mali, Burkina et le Niger. Ils se sont regroupés pour être là. Il y a également l’Algérie qui est là en eductour, avec, déjà, 23 Tours operators, agences de voyages et autres. Nous avons également des experts au niveau international, de très grands experts qui ont planifié tout le segment MICE africain aujourd’hui. Je pense à l’Afrique du Sud, avec l’expert Rick Taylor qui sera là, et qui nous proposera un plan, une stratégie qui va nous appuyer dans cette dynamique de développement de notre industrie MICE, qui polarise tout ce qui est à faire autour.
Il y a également un très grand marketiste allemand, Harald Zulauf. Celui-là est également très connu en Europe, et en Allemagne en particulier. Il a contribué énormément à développer l’industrie touristique allemande.
Des partenaires stratégiques au niveau de la croisière ne seront pas en reste. C’est Variety Cruise, qui sera également là avec des experts qui viennent des Etats-Unis, qui vont parler de la croisière, avec le Port Autonome, qui est aujourd’hui notre partenaire de premier ordre avec lequel nous envisageons, d’ailleurs, la signature d’une convention pour développer davantage le produit de la croisière. Donc c’est pour dire que, véritablement, nous avons envie de revisiter toute l’offre touristique sénégalaise, de peser notre poids aujourd’hui, de voir ce qui peut aller, ce qui ne peut pas l’être, et à partir de là, continuer à travailler sur une feuille de route que nous avons déjà planifiée pour poser les jalons du développement touristique axés sur trois éléments. Ce sera le segment MICE, le segment branding national, et la marque, sans oublier la convention, qui va soutenir tout ce développement.

En parcourant la note conceptuelle, je vois aussi qu’il y a des pays comme le Maroc, la Gambie, qui figurent sur la liste des invités…

Effectivement, le Maroc est un pays invité d’honneur, parce que vous connaissez les relations séculaires que nous avons avec ce pays, mais également le Maroc est un pays qui séduit par son organisation, sa circulation touristique, et par son offre axée véritablement sur la culture, le savoir-faire local avec, également, une politique de prix qui permet à l’entreprise marocaine d’être très, très, très, très compétitive.

Effectivement, c’est pour vous dire qu’ils sont à une longueur d’avance sur la stratégie et cela mérite attention. C’est pourquoi nous avons diligenté très récemment une mission en Benchmark qui a été très bien prise en charge et je pense que les retours vont également nous bonifier en tout cas dans cette logique.
Ce qu’il y a également à dire, c’est que le Maroc est un pays très intelligent, parce qu’ils ont misé sur un développement qui ne nécessite pas beaucoup de bruit. Le tourisme c’est un softpower en réalité, ça tire la culture, les services et ça développe une sociabilité extraordinaire et en même temps ça génère énormément de devises. Mais aussi ils ont profité de la royauté, qui est symbolique mais qui a, quand même, une envergure extraordinaire.

C’est le charme des Japonais. Au niveau africain, les pays qui gardent encore le roi ne sont pas nombreux. Ils ont gardé le roi avec toute cette statue de majesté et qui pilote l’activité touristique à partir d’une vision, les Marocains nous disent que ce n’est pas l’intelligence, c’est que nous savons bien copier. L’exemple de la France, le premier pays touristique au monde et depuis combien d’années d’ailleurs est là. Mais quel est ce secret français ? Nous le savons et nous n’avons pas de barrière. Nous partageons beaucoup d’affinités, nous avons une diaspora très importante dans ce pays qui peut aider, mais malheureusement nous n’avons pas encore développé cette passerelle qui aurait pu donner un déclic au développement de l’activité touristique et surtout pour la promotion de notre territoire. Quand vous allez en France, aujourd’hui, ce qui fait la différence, c’est le service touristique. Quand je dis service, c’est surtout, n’est-ce pas, la production des territoires.

Les produits terroirs, les rillettes du Mans, le cassoulet, c’est le foie gras, le vin bordelais, etc. Donc il faut rêver à travers les produits. Et sur les marques, ils ont réussi à attirer pratiquement toutes les marques européennes. Vous voyez, ça c’est l’intelligence du point de vue du marketing.

Mais au-delà de ça aussi, je pense que si on se réfère déjà au niveau africain, c’est ce qui se fait aujourd’hui en Afrique. Quand je regarde le Bénin qui s’est lancé il n’y a pas très longtemps, avec des projets portés par le chef de l’État lui-même.
Vous avez également le Rwanda, c’est porté par le président de la République, qui est le premier ambassadeur de sa destination. D’ailleurs, nous voulons saisir cette occasion également pour décerner au président de la République, le titre de premier ambassadeur de la destination Sénégal, au premier ministre, le titre également d’ambassadeur de la destination et aussi le président de l’Assemblée nationale.
Il faut que ces hautes personnalités portent la promotion. Nous, nous sommes que des bras techniques qui peuvent mettre en œuvre, mais à eux, maintenant, de donner cet élan, de faire le plaidoyer, de faire le portage, de parler, de séduire.

Mais revenons un peu sur nos territoires. Nous n’avons en parcourant la note conceptuelle, on a vu que sept pôles territoires, sur les huit ont été érigés en priorité. Quels sont ces sept pôles, et puis qu’est-ce qui fait leurs spécificités au point d’être érigés en sur priorité ?

Oui, il y a le pôle Dakar, déjà. Je pense que c’est un pôle qui s’est positionné à la fois, sur le Balnéaire et les Affaires. Indéniablement, parce que les infrastructures, la mer, l’ouverture sur l’océan, et le climat aussi, y sont pour beaucoup. Dakar est très propice au développement, à la fois d’une attractivité MICE, avec les affaires, mais également l’histoire et la culture aussi. Nous avons Gorée, nous avons les musées et autres, donc, c’est un produit culturel.
Alors, si nous allons au niveau du pôle Thiès-Diourbel, il y a déjà Saly, Mbour, qui est le second pôle en matière d’offres derrière Dakar. Parce que, tout simplement, l’offre est diverse. On a également le littoral, c’est la petite côte, douceurs climatiques qui favorisent tout simplement l’installation hôtelière. Mais on a également une culture assez dense, un foisonnement culturel extraordinaire, qui prête à l’animation et au-delà de ça également, nous avons un cachet assez original, avec tout simplement le paysage, le parc de Bandia, par exemple, il y a un environnement plus ou moins forestier, qui donne quand même la possibilité d’abriter une faune et une flore qui, donc, a permis aujourd’hui d’avoir tout simplement une réserve qui est la deuxième d’ailleurs au Sénégal.
Au niveau de ce pôle, il y a aussi un potentiel énorme avec le volet religieux, une niche à part entière qui mérite une attention toute particulière avec Tivaouane, Touba, Ndiassane, Thiénaba, Popenguine, entre autres.
Il y a également le pôle nord, Saint-Louis avec un cachet historique, mais aussi écologique. Voilà deux mamelles sur lesquelles Saint-Louis peut se positionner, surtout que maintenant, il y a un aéroport avec une desserte.
Donc, il y a tout cet élan qu’on peut effectivement renforcer en matière de développement touristique. Mais il y a également, Saint-Louis a un potentiel de tourisme fluvial parce qu’il y a des escales du fleuve, avec le Bou El Mocdad. S’y ajoute un sous-produit que l’on n’exploite pas beaucoup, l’agrotourisme et l’agrobusiness avec la labellisation des produits.
Quand vous allez, maintenant, vers le centre, vous avez le Sine Saloum, qui parle du Sine Saloum, avec des paysages qu’un ancien gouverneur sénégalais appelait l’Amazonie du Sénégal. Quand vous allez à Betenti, Dionewar, Sipo, à Fadial, ce sont des paysages avec une végétation luxuriante, une végétation aquatique. Il y a plus de 120 îles et îlots non habitées. Les Sénégalais ne se rendent pas compte de tout ce potentiel qu’on a.

Quand vous allez maintenant au pôle sud et sud-est, quand vous allez au pôle sud, la Casamance à elle-même, se dresse avec toute sa diversité. Là également, on a une royauté avec ses traditions, et tout cela est un cachet qu’on peut revisiter, pour en faire de vrais produits touristiques, de vrais produits d’attraction.

Quand vous allez vers l’est, il y a également l’exotique qui s’exprime. Quid de l’industrie minière aujourd’hui, avec le tourisme industriel qu’on n’a pas encore développé. L’exotisme, il y a le peuple bassari qui est l’un des rares peuples, aujourd’hui, à conserver ses modes de vie et sa tradition. Ce cachet original, on ne l’exploite pas et même les paysages. C’est là où on a le plus grand parc du Sénégal, qui est à cheval sur trois pays : le Sénégal, la Guinée, le Mali, avec une faune et une flore extraordinaires. On a tout dans ce pays.

Alors, qu’est-ce qui reste à faire ?

Moi, je pense que c’est d’avoir la bonne vision et de mettre en place des stratégies, d’aller chercher l’expertise qui va nous permettre de nous mettre sur les rails. Parce que cette expertise nous permettra d’aller chercher l’investissement parce que ce secteur en a grandement besoin.
Monsieur le directeur, peut-être pour terminer, il y a le tourisme intérieur, qu’est-ce qu’il faut faire pour développer ce tourisme intérieur, pour que les Sénégalais puissent voyager à l’intérieur de leur pays ?
Je vais vous raconter une anecdote. J’ai ici, même dans la maison, (l’ASPT, ndlr) quelqu’un qui a plus de 50 ans qui n’est jamais sorti de Dakar, qui n’est jamais sorti de Bargny. Et c’est un lébou en plus. Alors on lui a donné l’opportunité d’aller à Kédougou. Il était émerveillé.
Donc on s’était également inscrit dans une dynamique de faire découvrir le Sénégal aux Sénégalais. Mais au-delà de ça également, ce qui fait que le tourisme national n’est pas développé, c’est que le tourisme reste inaccessible pour certaines classes. La cherté des coûts. Et ce qui renchérit ces coûts, c’est les facteurs de production, c’est également la main d’œuvre. Souvent c’est une main d’œuvre peu qualifiée qui coûte plus cher, parce que pour une tâche, on est obligé de le faire deux ou trois fois. C’est la vérité. Ça, on en souffre beaucoup, on ne le dit pas. Il y a également l’accessibilité.
Une zone comme Kédougou, pour y aller en tourisme, il faut dix heures de route. Si vous n’avez qu’une semaine ou un week-end, vous ne pouvez pas. La desserte aérienne n’est pas tout à fait au point.
Je pense qu’on a de la matière, mais on ne la valorise pas. Et c’est là où se pose le problème. Maintenant, il faudrait qu’on essaie d’entrevoir des possibilités de valoriser davantage tous ces potentiels que nous avons.
Espacedev

"
"

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici