« Mes Données, Notre Santé » : Une mobilisation nationale pour une digitalisation inclusive

3
397
0-4608x3466-0-0#

‎Le Sénégal amorce une nouvelle étape dans le débat sur la gouvernance des données de santé. Réunis le 22 décembre 2025 à Dakar, acteurs de la société civile, experts et partenaires institutionnels ont présenté le projet « Mes Données, Notre Santé », une initiative portée par l’Association des Éclaireuses et Éclaireurs du Sénégal (EEDS) et la coalition Transform Health, avec l’accompagnement d’ENDA Santé.
‎L’initiative entend replacer les citoyens au centre de la digitalisation du système de santé, dans un contexte où les enjeux de sécurité, de confidentialité et d’équité deviennent cruciaux.
‎Dès l’ouverture de la rencontre, Abdou Aziz Lèye, représentant le Commissaire général des Éclaireuses et Éclaireurs du Sénégal Mody Ndiaye, a donné le ton. Pour lui, cette nouvelle phase ne saurait se réduire à un simple lancement de projet. Elle marque plutôt le début d’une mobilisation collective autour de la santé numérique, pensée comme un outil de justice territoriale. L’ambition est de faire remonter les réalités des zones périphériques afin de corriger les déséquilibres persistants entre Dakar et l’intérieur du pays dans l’allocation des ressources sanitaires.
‎Mais au-delà de la question de l’accès, les échanges ont mis en lumière un autre défi majeur : la protection des données personnelles. Fatimata Dème, présidente du Réseau des Femmes Sénégalaises pour la Promotion de la Planification Familiale (REFESPF) et membre de la plateforme Transform Health, a alerté sur les risques d’une digitalisation non encadrée.
‎Elle a plaidé pour la mise en place d’un cadre juridique solide, capable de garantir que l’innovation technologique ne se fasse pas au détriment des droits fondamentaux des citoyens. Pour elle, la campagne doit aussi jouer un rôle pédagogique, en sensibilisant aussi bien les communautés que les autorités sur les usages responsables des données de santé.
‎La structuration politique du plaidoyer constitue l’un des piliers de cette deuxième phase du projet, prévue jusqu’en juin 2026. Présentant les contours de la campagne, Nathanael Louis Augustin Tété a détaillé une stratégie articulée autour de l’Assemblée nationale. L’objectif est de mobiliser un noyau de députés issus de la Commission Santé, appelés à devenir des « champions » de la gouvernance des données.
‎Questions écrites au gouvernement, lettres ouvertes et cadres de concertation thématiques doivent permettre d’installer durablement la question dans le débat public, avec en ligne de mire l’adoption d’une loi spécifique sur les données de santé.
‎Cette approche repose sur un principe assumé : partir des réalités locales pour influencer les décisions nationales. Les témoignages collectés sur le terrain, les difficultés rencontrées dans les structures de santé et les attentes des usagers sont appelés à nourrir l’agenda politique. Dans cette perspective, la participation des jeunes, des femmes et des communautés locales est érigée en priorité, afin qu’ils ne soient plus de simples bénéficiaires, mais de véritables acteurs des politiques publiques de santé.
‎Le déploiement territorial de la campagne illustre cette volonté d’ancrage. À Saint-Louis, l’accent est mis sur le lien entre universités et services de santé, tandis que Kaolack et Diourbel privilégient le dialogue direct avec les populations les plus vulnérables.
‎Abdou Aziz Mandiang, chargé de projet à ENDA Santé, a insisté sur la nécessité d’une démarche inclusive, associant l’ensemble des partenaires, qu’ils soient bénéficiaires directs ou relais communautaires. Leaders religieux, élus locaux et médias communautaires sont ainsi intégrés au dispositif.
‎Malgré les contraintes financières et les défis liés à la mobilisation des autorités, les porteurs du projet se montrent confiants. Des rencontres avec des responsables gouvernementaux, notamment au niveau de la Primature, sont déjà envisagées dès janvier 2026. Pour la coalition, « Mes Données, Notre Santé » doit dépasser le cadre d’une campagne pour devenir un levier durable de réforme, au service d’une santé numérique plus équitable et respectueuse des droits au Sénégal.
‎Alioune Badara DIATTA

"
"

3 Commentaires

  1. Attention ! Nous nourrissons toujours des craintes non moins fondées face à ce nouvel engouement pour la numérisation tous azimuts jusque dans le domaine de la Santé Publique là où la France n’a pas réussi, depuis le temps du Président Chirac voire bien avant, la mise en oeuvre du DMP (Dossier Médical Partagé; (initialement P pour Personnel)).
    NB : Pour la France l’idée remonte à 1968 et le premier projet de loi adopté le 13/08/2004 relative à l’assurance maladie (Couverture Maladie Universelle qui pose déjà problème au Sénégal ) , le premier lancement en 2011 suivi de plusieurs couacs qui vont conduire à une mutation en 2021 vers ce qu’est aujourd’hui dénommé MES/ENS (Mon Espace Santé ou Espace Numérique de Santé) moins ambitieux certes.
    Au Sénégal, il faut faire attention, y aller par approches sectorielles (par pathologie ou domaine) ou locales voire strictement privées (par Structure : hôpital, clinique, poste de santé …)

    • Ce qui est important c’est de pouvoir satisfaire aux requêtes des ayants-droit pour extrait du dossier médical personnel sous un format exploitable ou universel remis en mains propres (ou bonne adresse)

  2. Ce qui est important c’est de pouvoir satisfaire aux requêtes des patients (ou ayants-droit) pour tout besoin d’extrait du dossier médical ou résumé médical ou encore compte-rendu médico-chirugical ou radiologique, sous un format exploitable / universel remis en mains propres (ou à la bonne adresse)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici