L’abolition des taxes aériennes par la CEDEAO en janvier 2026 deviendra-t-elle une réalité ?

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L’annonce récente de la résolution de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) d’abolir les taxes sur les billets d’avion à compter du

1er janvier 2026 est une excellente nouvelle, en particulier pour les économies de notre région qui dépendent du tourisme, du commerce et des voyages. Pendant des années, l’Afrique de l’Ouest a porté l’étiquette peu enviable de posséder les services de transport aérien les plus chers du continent africain, une situation qui a freiné l’intégration régionale, étouffé la croissance du tourisme, limité la mobilité intra-africaine et affaibli la compétitivité des compagnies aériennes ouest-africaines.  Chris Appiah, directeur des transports et des télécommunications à la Commission de la CEDEAO, a confirmé que les taxes et redevances aéronautiques imposées par les gouvernements sont des facteurs importants de ces coûts élevés. Bon nombre de ces taxes vont à l’encontre des directives de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et finissent par freiner la demande plutôt que de soutenir la croissance. 

Politique de la CEDEAO : Ce que cela signifie

En vertu d’un acte complémentaire adopté en décembre 2024, les États membres de la CEDEAO sont tenus de : Supprimer toutes les taxes sur le transport aérien d’ici le 1er janvier 2026 ; Réduire les redevances aéronautiques obligatoires d’au moins 25 % ; Supprimer totalement certaines taxes – y compris la controversée « taxe de sécurité » – qui n’ont aucun lien significatif avec la prestation de services aériens. Cette mesure a été approuvée par les chefs d’État de la CEDEAO lors de leur sommet d’Abuja de 2023, les ministres des Transports et des Finances étant chargés de sa mise en œuvre. L’objectif est de renforcer la connectivité régionale, essentielle au commerce, au tourisme, aux affaires, à l’éducation et aux échanges culturels. 

Combien coûtent réellement les billets d’avion aujourd’hui ?

Pour bien comprendre l’urgence de cette réforme, prenons l’exemple des prix actuels des vols sur les principales liaisons d’Afrique de l’Ouest, taxes comprises : Banjul ↔️ Dakar (Sénégal) : les billets aller-retour coûtent environ 170 $ à 295 $ selon la compagnie aérienne et la saison. Les prix des allers simples peuvent descendre jusqu’à 78 $ à 83 $ avec les compagnies low-cost. Banjul ↔️ Accra (Ghana) : les tarifs aller-retour se situent généralement entre 815 $ et 964 $. Ces chiffres sont frappants lorsqu’on les compare aux vols sur des distances plus courtes ; par exemple, le vol Banjul-Dakar (environ 45 minutes) coûte souvent plus cher que certains vols internationaux moyen-courriers ailleurs dans le monde.  Et ce, malgré la proximité qui pourrait faire de ce corridor une plaque tournante du tourisme, des voyages d’affaires, des voyages médicaux et des échanges culturels. En revanche, les vols entre d’autres plateformes régionales (par exemple Lagos-Accra) peuvent être trouvés pour des centaines de dollars de moins grâce à des politiques aériennes plus libérales, des frais moins élevés et une concurrence plus forte.

Tourisme et impacts économiques

Pour le secteur du tourisme, l’accessibilité et l’abordabilité sont essentielles.  Tarifs aériens élevés : Découragent le tourisme de loisirs de courte durée ; nuisent aux marchés des congrès et des voyages d’affaires ; réduisent les voyages régionaux des étudiants, de la diaspora et des professionnels ; limitent la compétitivité du tourisme récepteur. La baisse des tarifs affecte directement le volume de touristes, ce qui stimule à son tour le taux d’occupation des hôtels, la demande de transports terrestres et les dépenses hors aéroport. Elle rend également les voyages régionaux plus attractifs pour les voyagistes internationaux qui proposent des itinéraires multi-destinations en Afrique de l’Ouest.

La situation en Gambie : un exemple concret

En Gambie, les voyageurs doivent souvent supporter une double charge : les taxes intégrées au billet d’avion et les prélèvements supplémentaires à l’enregistrement à l’aéroport (souvent appelés officieusement « taxe de sécurité » et appliqués par Securiport sur instruction du gouvernement gambien). Ces derniers ne sont ni reconnus par l’IATA ni pris en compte dans les normes officielles de tarification des billets, car les billets gambiens sont déjà considérés comme surtaxés selon les normes internationales. Ces multiples frais augmentent considérablement le coût total du voyage, freinant ainsi les déplacements fréquents et la croissance du tourisme.

Cette politique sera-t-elle mise en œuvre efficacement ?

La promesse de suppression des taxes est importante, mais elle ne portera ses fruits que si elle est pleinement appliquée dans tous les États membres.  Des défis subsistent, notamment : la propension des ministères des Finances à protéger leurs recettes ; la faiblesse des mécanismes de contrôle et d’application ; le risque de remplacement des taxes abolies par des charges tout aussi onéreuses sous d’autres appellations. Sans clarté ni transparence quant à la conformité, ces réformes risquent de rester lettre morte plutôt que de se concrétiser. Prochaines étapes pour que la réforme de la taxe aérienne de la CEDEAO réussisse et apporte des avantages tangibles : un engagement politique au plus haut niveau dans chaque État membre ; la publication transparente des redevances et taxes aéronautiques ; l’harmonisation des incitations avec les compagnies aériennes afin de garantir que les réductions tarifaires soient répercutées sur les consommateurs ; l’implication du secteur du tourisme dans le déploiement et la communication de la politique ; le suivi et la publication de rapports sur les progrès de la mise en œuvre.

Conclusion

Si elle est mise en œuvre comme prévu, la suppression des taxes sur les billets d’avion à compter de janvier 2026 pourrait transformer le tourisme et l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Elle permettrait de réduire les coûts de voyage, d’améliorer la connectivité, de dynamiser le tourisme intra-régional et de stimuler l’activité économique dans de nombreux secteurs. Cependant, la mise en œuvre est cruciale : les politiques doivent être appliquées avec intégrité et les économies doivent se traduire par de réelles baisses de prix pour les voyageurs. Des voyages aériens abordables ne sont pas un luxe, mais un impératif de développement qui peut ouvrir de nouvelles perspectives aux populations et aux économies de toute l’Afrique de l’Ouest.

Par Cheikh A Tejan Nyang, consultant en tourisme

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