Les acteurs de la pêche artisanale exigent d’être associés aux décisions qui engagent leur avenir
La sardinelle est au cœur de toutes les préoccupations. Surexploitée, menacée, mais toujours aussi indispensable pour nourrir l’Afrique de l’Ouest. Vendredi dernier, chercheurs, décideurs et professionnels de la pêche se sont retrouvés lors d’un webinaire organisé par la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (CAOPA) pour poser une question centrale : comment gérer cette ressource sans sacrifier ceux qui en vivent ?
Les chiffres donnent le vertige. « La production totale de l’Afrique de l’Ouest atteint 3 millions de tonnes par an, et 70 à 80 % de cette production est constituée de petits pélagiques, dont la sardinelle occupe l’essentiel », rappelle Dr Djiga Thiao, chargé des programmes pêche à la CEDEAO. Mais voilà le paradoxe : « La région importe 1,4 million de tonnes de poisson, presque la moitié de sa production ». Pourquoi ? Parce que les espèces nobles partent vers l’Europe et l’Amérique, et qu’une partie de la sardinelle finit en farine pour nourrir… d’autres poissons.
Une ressource qui ne connaît pas les frontières
Le problème, c’est que la sardinelle ne respecte aucune frontière. « Elle migre du Nord, parfois même du Maroc, et descend en passant par la Mauritanie, le Sénégal, jusqu’en Guinée », explique Dr Hamady Diop, expert en politiques publiques. Cette mobilité crée ce qu’il appelle des « cauchemars en termes d’harmonisation ». Chaque pays gère à sa manière : le Sénégal mise sur les repos biologiques et le zonage sans quotas, la Mauritanie a instauré depuis 2022 un système strict de quotas avec répartition entre segments de pêche, tandis que la Gambie et la Guinée-Bissau ont des cadres « beaucoup plus légers ».
« Si dans un pays on parle de quotas, dans un autre on ne parle pas de quotas, et dans un troisième on a un cadre plus léger, ça pose la question fondamentale : qu’est-ce qu’on va harmoniser concrètement ? », interroge Dr Hamady Diop. La réponse tarde à venir, mais une chose est sûre : les mesures isolées ne marchent pas. « Elles peuvent déplacer l’effort d’un pays à un autre et créer des problèmes de cohérence », prévient-il.
« Nous ne sommes pas des exécutants »
C’est là que les professionnels de la pêche haussent le ton. Gaoussou Gueye, président de la CAOPA, est catégorique : « Nous sommes des partenaires stratégiques, pas des exécutants. Une mesure conçue sans les acteurs de terrain est une mesure fragile. Une mesure coconstruite est une mesure durable ».
Les pêcheurs ne refusent pas les efforts. « Les communautés comprennent aujourd’hui la nécessité de mieux gérer cette ressource qui est extrêmement importante », assure-t-il. Dans certains pays, ce sont même les professionnels qui prennent des initiatives. Mais il y a une ligne rouge : « On ne pourra pas établir des repos biologiques et demander aux professionnels de croiser les bras pendant un mois ou plus sans accompagnement ».
Cet accompagnement, les acteurs l’attendent concrètement : programmes de reconversion, infrastructures de conservation, filets sociaux pendant les fermetures. « Il faudrait essayer de voir quelles seront les mesures d’accompagnement pour que ce repos soit vraiment effectif et compréhensible », insiste Gaoussou Gueye.
Les femmes transformatrices réclament leur place
Les femmes, pilier invisible mais essentiel de la filière, ne veulent plus être oubliées. Raïssa Nadège Leka Madou, transformatrice en Côte d’Ivoire, le dit simplement : « Les mesures de gestion déterminent si nous aurons du poisson à transformer, un revenu pour nourrir nos familles et un avenir pour nos enfants ».
Son message est clair : « Nous ne demandons pas à être protégées. Nous demandons à être écoutées et respectées. La sardinelle est une responsabilité collective, et nous, les femmes, sommes prêtes à y prendre notre part ». Mais pour cela, il faut que les décideurs comprennent les réalités du terrain : les fermetures saisonnières rompent les chaînes d’approvisionnement, le manque d’infrastructures de conservation aggrave les pertes, et les tracasseries douanières transforment chaque transport en parcours du combattant.
Changer de regard sur la pêche
Dr Ndiaga Gueye, ancien fonctionnaire de la FAO-RAF, appelle à…
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