39ème sommet de l’UA : les bases d’une vision africaine de l’eau jetées

L’Union africaine vient de poser, lors de son 39ème sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement, un acte fort. Le

15 février 2026, elle a adopté à Addis-Abeba la Vision et Politique africaines de l’eau à l’horizon 2063, une première dans l’histoire de l’organisation panafricaine. « C’est la première fois que l’eau bénéficie d’un tel portage au plus haut niveau de l’agenda continental avec le lancement d’une feuille de route couvrant la gouvernance, les engagements politiques, le financement, les partenariats et le renforcement des capacités », affirme, dans un entretien accordé à Seneplus, Fadel Ndaw, consultant senior en eau et assainissement, et non moins auteur de : « Un parcours au fil de l’eau », ouvrage qui retrace quatre décennies d’engagement au cœur des politiques hydriques africaines.

Pour l’ingénieur en eau et assainissement connu surtout pour le rôle qu’il a joué pendant 15 ans (1996-2011) comme coordonnateur au Sénégal de la réforme du secteur de l’eau en milieu urbain et du Programme Eau et Assainissement du Millénaire (PEPAM), « c’est un cadre stratégique de long terme (2026-2063) qui repositionne l’eau non plus comme un enjeu technique sectoriel, mais comme un actif stratégique économique, social et sécuritaire ».

Se voulant plus explicite, M. Ndaw souligne que « la vision positionne l’eau comme un catalyseur essentiel de la réalisation de l’Agenda 2063 de l’UA pour la sécurité alimentaire et l’industrialisation, l’éradication de la pauvreté, en passant par la résilience climatique et l’intégration régionale. Elle crée un consensus politique continental qui n’existait pas auparavant, et donne à l’Afrique une position unifiée en vue de la Conférence des Nations Unies sur l’eau de décembre 2026 ».

Changement dans l’approche
Même si on ne peut pas nier que l’UA est une machine à produire des déclarations restées sans suite, l’expert en eau et assainissement est de ceux qui croient que l’acte qui vient d’être posé à Addis-Abeba est à la fois un signal politique fort et un cadre opérationnel en construction. « Cette fois, trois éléments changent la donne : premièrement, un premier plan de mise en œuvre détaillé pour la période 2026-2033 est en cours d’élaboration ; deuxièmement, le suivi est adossé au système de suivi-évaluation WASSMO de l’AMCOW ; et troisièmement, la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026 crée une pression externe de redevabilité. La vraie rupture viendra de la capacité des États à traduire cette Vision dans leurs budgets nationaux et leurs cadres législatifs », explique-t-il.
A la question de savoir ce qui est immédiatement applicable au niveau des pays, M. Ndao cite trois choses : « l’alignement des politiques nationales de l’eau sur la nouvelle Vision continentale ; la révision des cadres juridiques et institutionnels du secteur ; et la préparation de contributions nationales pour la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026 ».
Des obstacles à la mise en œuvre
Toutefois, notre source n’a pas manqué de relever des obstacles à cette nouvelle vision. Le premier obstacle est d’ordre financier car, selon la Banque mondiale, les gouvernements africains n’allouent en moyenne que 0,17 % à 0,77 % de leur PIB au secteur de l’eau et de l’assainissement, alors qu’il faudrait atteindre environ 4 % du PIB pour garantir un accès universel. L’Union africaine estime par ailleurs que l’insuffisance des services WASH coûte à l’Afrique subsaharienne 4,3 % de son PIB chaque année, soit un manque à gagner bien supérieur à l’investissement nécessaire pour combler le déficit. Le deuxième est institutionnel car, selon lui, beaucoup de pays ont des cadres juridiques incomplets, une multiplicité d’acteurs et une faible capacité de suivi. Le troisième est, quant – lui, relatif à l’insuffisance de la coopération transfrontalière : l’Afrique compte 13 grands bassins fluviaux transfrontaliers couvrant au moins 62 % de la superficie du continent, et chaque État continental fait partie d’au moins un de ces bassins. Or, seul un tiers des pays d’Afrique subsaharienne partageant des cours d’eau transfrontaliers ont des accords opérationnels couvrant 90 % de leurs bassins. D’ailleurs, précise M. Ndaw, la Vision africaine de l’eau 2025 de la BAD identifiait déjà ce problème : la multiplicité des bassins internationaux dans un contexte de faiblesse des lois internationales sur l’eau et de coopération régionale insuffisante constitue un enjeu critique pour les ressources hydriques du continent. Sans une gestion conjointe et coordonnée de ces ressources partagées – rendue encore plus urgente par le changement climatique -, les investissements nationaux resteront sous-optimaux et les risques de tensions hydriques entre États riverains continueront de croître, préconise-t-il.

Espacedev

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