‎Quand des producteurs jettent leurs récoltes : le vrai problème de notre agriculture

L’interpellation de notre frère Papa Abdoulaye Seck, est remarquable de lucidité. Elle suscite en moi cette petite réaction !

‎Les images de producteurs des Niayes contraints de jeter leurs récoltes sont toujours choquantes. Mais, elles sont surtout révélatrices d’un dysfonctionnement profond de notre économie agricole. Le paradoxe est bien connu : quelques mois après ces scènes de détresse paysanne, le pays importera parfois les mêmes produits.

‎Le texte du Dr Papa Abdoulaye Seck rappelle avec justesse que ce phénomène n’est pas d’abord un problème de production. C’est un problème d’organisation des filières agricoles.

‎Depuis plusieurs décennies, l’agriculture sénégalaise fonctionne dans une économie rurale largement libéralisée. L’État ne produit ni n’achète les récoltes et ne fixe pas les prix. Son rôle consiste essentiellement à réguler les marchés. Mais, lorsque cette régulation est insuffisante ou mal organisée, les déséquilibres deviennent brutaux. C’est exactement ce que vivent aujourd’hui les producteurs horticoles.

‎Le problème central est connu des économistes agricoles : la déconnexion entre l’offre et la demande. Les produits horticoles sont périssables, fragiles et fortement saisonniers. Lorsqu’une production massive arrive simultanément sur le marché, les prix s’effondrent. Les producteurs n’ont ni capacité de stockage, ni débouchés alternatifs, ni mécanismes de stabilisation. Le résultat est tragiquement simple : des récoltes détruites.

‎Ce phénomène révèle une erreur classique des politiques agricoles : avoir encouragé l’augmentation de la production sans organiser la chaîne de valeur. Or une filière agricole ne se résume jamais à la production. Elle repose sur un système complet : production, transformation, distribution et consommation. Lorsque ces éléments ne sont pas coordonnés, la valeur créée par le travail paysan disparaît.

‎La règle économique est pourtant simple : l’agriculture moderne ne consiste pas seulement à produire davantage. Elle consiste à produire ce que le marché peut absorber, au moment où il peut l’absorber. Autrement dit, il faut penser l’amont à partir de l’aval. Cela implique plusieurs orientations claires.

‎D’abord, investir beaucoup plus dans la recherche horticole afin de développer et diffuser des variétés hâtives et tardives permettant d’étaler la production dans le temps. Ensuite, instaurer une discipline collective sur les surfaces cultivées en pleine saison afin d’éviter les surproductions brutales qui saturent les marchés. Il devient également indispensable d’investir dans des infrastructures de stockage frigorifique et dans des unités de transformation agro-industrielle capables d’absorber les excédents de production.

‎Enfin, les producteurs doivent disposer d’un système d’information économique fiable leur permettant d’adapter leurs décisions de culture aux perspectives du marché. Mais, au-delà de ces instruments techniques, la véritable question est celle de la gouvernance des filières agricoles.

‎Une agriculture moderne suppose une concertation permanente entre producteurs, chercheurs, commerçants, transformateurs et pouvoirs publics. Sans cette coordination, chaque acteur agit isolément et l’ensemble du système devient instable.

‎Au fond, les images de récoltes jetées sur les routes ne sont pas seulement le signe d’une crise agricole. Elles traduisent surtout une absence d’organisation économique. Produire est crucial. Mais, dans une économie moderne, la véritable intelligence agricole consiste à organiser la production. C’est souvent là que tout commence ou que tout échoue. Félicitations cher frère et ami !

‎Par Chérif Salif SY

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