Pilier de l’alimentation mondiale, le riz est menacé par des inondations extrêmes…

Dans de nombreuses régions agricoles, les excès d’eau ne constituent plus un simple aléa saisonnier. Lorsqu’elles s’installent durablement, les inondations provoquent des pertes agricoles majeures, mettant en difficulté des populations entières dépendantes d’une seule céréale pour se nourrir.

Le riz occupe une place centrale dans l’équilibre alimentaire planétaire. Présent dans les assiettes de plus de quatre milliards de personnes, il pousse depuis des siècles au rythme des saisons humides et des eaux stagnantes. Mais ce fragile équilibre est rompu. Dans un climat devenu plus extrême, l’eau n’est plus seulement une alliée, elle devient destructrice. Des chercheurs viennent de montrer que les longues submersions réduisent fortement les rendements, remettant en cause la sécurité alimentaire dans des régions entières.

Quand les inondations ne nourrissent plus mais détruisent les cultures

L’analyse des chercheurs de l’université Stanford, publiée dans Science Advances, montre que depuis les années 2000, la fréquence des épisodes destructeurs a nettement augmenté. Grâce à un modèle hydrodynamique croisé avec des données agricoles sur 35 ans, ils ont pu reconstituer une cartographie précise des « inondations tueuses de riz ». Dans le bassin du Yangzi Jiang, en Chine, les cultures sont submergées jusqu’à trois fois par an. En Asie du Sud-Est, des crues similaires touchent le Mékong, le Gange ou l’Irrawaddy. Les pertes ne sont plus anecdotiques, elles modifient la géographie même de la production mondiale.

Dans ces régions, les saisons de plantation et de récolte coïncident souvent avec la saison des pluies. Lorsque celle-ci déborde, elle noie les champs au moment où les jeunes pousses ont le plus besoin de lumière. En Inde, certaines zones comme le bassin du Sabarmati restent inondées plus de trente jours. Une durée bien au-delà de la tolérance de la plante.

La perte de rendement du riz survient dès sept jours sous l’eau

Les travaux menés par Zhi Li et ses collègues ont permis de définir un seuil décisif. Lorsqu’un plant de riz est totalement submergé pendant au moins sept jours consécutifs, il ne survit généralement pas. Ce seuil a été validé par des simulations couplées à des données de terrain, et sert désormais de référence pour estimer l’impact des crues sur les rendements.

Les résultats sont sans appel. Une inondation de sept jours ou plus provoque des pertes allant jusqu’à 14% dans certaines régions côtières de Chine, 15% en Corée du Nord, 7% au Bihar (Inde), 4% aux Philippines. Dans le cas chinois, cela correspond à près de 10 millions de tonnes de riz perdues par an. Même des pays comme le Vietnam ou le Myanmar, habitués à gérer les eaux, voient leurs rendements baisser de 2 à 4% selon les épisodes.

À cela s’ajoute une autre menace, plus insidieuse. Lorsque les inondations suivent une sécheresse prolongée, les dégâts sont encore plus sévères. L’étude menée par Chen et Wang, publiée dans Geophysical Research Letters, montre que les pertes dues à cette alternance sèche-humide peuvent doubler par rapport à celles causées par un seul extrême. Le passage brutal d’un stress hydrique à un excès d’eau crée un choc pour les plantes, incapable de s’adapter à temps. Ce phénomène, qualifié d’« extrême composé », augmente le risque de perte de rendement du riz de 43% par rapport à une simple inondation.

Avec Science&Vie

"
"

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

More like this

CAF – FIFA : une panne en plein désert

‎À mon sens, il n’y a rien de surprenant dans les agissements actuels de la Confédération Africaine...

Phénomènes climatiques extrêmes : la NOAA et l’ANACIM posent...

Face à aux événements climatiques extrêmes, l’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) des Etats-Unis, en...

Hydraulique rural : la nouvelle option de l’État du...

Diaglé, une localité située dans le département de Foundiougne, région de Fatick, a reçu ce 22 janvier...