Depuis près d’un demi siècle, la Chine mène une lutte sans merci contre la désertification, principalement avec le programme de la « Grande Muraille Verte » (ou programme des Trois-Nords). Ce projet gigantesque lancé en
1978 vise à planter des milliards d’arbres pour stopper l’avancée du désert de Gobi, avec des succès notables comme l’encerclement du désert du Taklamakan et une couverture forestière dans le nord qui a plus que doublé, passant de 5 % à près de 14 % en 40 ans. Lesquels efforts font de la Chine un exemple mondial dans la restauration des terres arides.Loin de se satisfaire de ces résultats, la lutte contre la désertification entre dans une nouvelle phase, en Chine. Selon RFI, des scientifiques utilisent des algues microscopiques pour transformer le sable en sol dans les régions arides du nord-ouest. « En quelques mois, ces microbes forment une croûte vivante capable de fixer les dunes et de préparer la végétation. Une forme de géo-ingénierie biologique, testée à grande échelle pour la première fois.
Il s’agit de cyanobactéries, aussi appelées algues bleu-vert. Ce sont des micro-organismes très anciens, présents sur Terre depuis plus de trois milliards d’années. Elles ont la capacité de survivre à des conditions extrêmes : chaleur intense, sécheresse prolongée, sols presque stériles.
Lorsqu’il pleut, elles se réactivent, se multiplient rapidement et sécrètent des substances qui lient les grains de sable entre eux. On obtient ainsi une croûte biologique solide, riche en carbone et en nutriments », explique le confrère français.
Une technique révolutionnaire selon Rfi car, cette technologie permet d’accélérer fortement un processus naturel. « Dans la nature, il faut entre cinq et dix ans pour que ce type de croûte se forme : avec cette technique, cela prend environ un an. Cela change complètement l’échelle de la lutte contre la désertification : on ne se contente plus de freiner l’érosion, on crée les conditions d’un sol capable d’accueillir ensuite des plantes, de retenir l’eau et de stocker du carbone », précise notre source.
Les chercheurs ont mis au point, toujours selon Rfi, des sortes de « graines de sol ». Les cyanobactéries sont mélangées à de la matière organique et à des particules fines, puis moulées en petits blocs solides. Faciles à transporter, ils peuvent être dispersés sur de grandes surfaces désertiques.
Ces blocs restent inactifs tant qu’il n’y a pas de pluie, puis se développent rapidement et forment une croûte capable de résister au vent et de stabiliser durablement le sable. En stabilisant le sable, ces microalgues ont déjà permis à des plantes pionnières de reprendre racine dans le désert : une première étape, encore loin d’un désert vraiment vert.
Toutefois, les scientifiques appellent à la prudence car, certaines cyanobactéries peuvent produire des toxines, et l’impact à long terme sur les écosystèmes reste difficile à prévoir.
La question est donc de savoir si l’on assiste à une restauration écologique maîtrisée, ou à une nouvelle forme d’intervention humaine lourde sur les milieux naturels.
Mais pour la Chine, il s’agit d’un enjeu stratégique parce que voulant devenir un acteur central des technologies environnementales à déployer, si ça fonctionne, dans d’autres régions arides du monde, notamment en Afrique ou en Asie centrale, faisant de la lutte contre les déserts un nouveau terrain d’influence technologique.
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