La fixation d’un prix unique pour les engrais et amendements organiques au Sénégal : une approche simpliste qui néglige la complexité des produits (2)

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Pour chaque campagne agricole, le Ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l’Elevage (MASAE) établit des prix plafonds pour le marché des engrais et amendements organiques. 

Pour cette campagne 2025/2026, les prix maximums autorisés respectifs sont de 200 000 F CFA/tonne pour les engrais organiques et de

150 000 F CFA/tonne pour les amendements. Après application d’une subvention, les prix sont ramenés à 20 000 F CFA/tonne pour tous les produits. Cela correspond à un prix de cession unitaire de 1 000 F CFA le sac de 50 kg scellé et étiqueté. 

Cette approche du Ministère en charge de l’agriculture simplifie la gestion et la distribution des engrais en réduisant les coûts administratifs et la complexité liée à la gestion de plusieurs prix différents. Elle donne également l’impression d’être plus équitable pour les agriculteurs. 

Cependant, elle présente de nombreuses limites, car elle ne prend pas en compte les facteurs clés qui influencent la valeur réelle des engrais organiques, tels que leur capacité potentielle à améliorer la fertilité des sols, leur potentiel de séquestration du carbone [Heulin, 2018] et leur impact sur la structure et la biodiversité des sols, [Diacono & Montemurro, 2010 ; Lal, 2004]. En effet, les produits à base de matières organiques transformées sont complexes et exigent une approche plus fine. 

Par conséquent, cette approche soulève plusieurs interrogations. Elle ne permet pas de distinguer les produits de qualité supérieure et ne favorise pas une compétitivité saine, permettant à chaque produit de faire face à la concurrence et d’accroître sa part de marché. En particulier, cela peut donner aux agriculteurs l’impression que tous les produits sont substituables, ce qui n’est pas nécessairement le cas. De ce fait, la concurrence et le choix des produits sont affectés de manière sérieuse. 

En outre, la fixation d’un prix unique entraîne une concurrence déloyale entre des produits différenciés, ainsi qu’une difficulté pour les agriculteurs de différentes catégories à choisir les produits les plus appropriés pour leurs besoins. Cela peut à son tour amener à une méfiance des agriculteurs à l’égard de certains produits locaux et à une limitation de l’innovation et de la diversification dans l’industrie des engrais organiques, ce qui pourrait priver les agriculteurs d’options plus efficaces et adaptées à leurs besoins. 

Ces problèmes sont d’autant plus préoccupants que les produits à base de matières organiques transformées se distinguent par plusieurs critères agronomiques clés [HUBER Gérald SCHAUB Christiane, 2011], tels que le pourcentage de matières sèches, la teneur en matières organiques, les proportions de matières organiques susceptibles de donner de l’humus (ISB ou ISMO), les teneurs en azote (N), phosphore (P) et potasse (K), ainsi que l’origine des matières premières et le processus de transformation. Ces critères agronomiques déterminent les spécifications techniques, les labels et certifications qui garantissent la qualité, la sécurité et les performances de chaque catégorie de produits, conformément aux normes internationales NF U, ainsi qu’aux référentiels de certification tels que l’INPIou les labels écologiques. 

Ainsi, il est essentiel de prendre en compte ces critères agronomiques pour garantir la qualité et la sécurité des produits. Les normes NF U, notamment les amendements organiques (NF U44 051), les engrais organiques (NF U42 001), les engrais organo minéraux (NF U42 001), les supports de culture (NF U44 551) et les composts contenant des matières d’intérêt agronomique issues du traitement des eaux (NF U44 095), fournissent un cadre pour évaluer la qualité des produits. 

Cependant, les cahiers des charges de la Demande de Renseignements et de Prix (DRP) annuels du ministère présentent des lacunes importantes. Ils ne prennent pas en compte une bonne partie des critères agronomiques nécessaires [Article 7 alinéa 3 CEDEAO C/reg.13/12/12 ; HUBER Gérald SCHAUB Christiane, 2011] pour garantir un contrôle de qualité et une analyse de conformité efficaces des engrais et amendements organiques.  

En effet, les analyses de laboratoire requises pour les échantillons d’engrais CEDEAO incluent des paramètres physico-chimiques tels que le pH, la conductivité électrique, les taux de matière organique et de matière sèche sur matière brute. Les éléments nutritifs tels que le phosphore soluble, les cations (MgO, K2O, CaO et Na2O), les métaux lourds et autres contaminants sont également analysés pour garantir la qualité et la sécurité des engrais. D’autres analyses, comme la granulométrie et la solubilité, peuvent également être réalisées pour évaluer les propriétés physiques des engrais. Ces analyses permettent de garantir la conformité des engrais aux normes de la CEDEAO et d’optimiser leur utilisation pour améliorer la productivité agricole, la protection des sols et de l’environnement.  

La non prise en compte de ces paramètres est due à l’absence de décret ou d’arrêté d’application de ces normes de conformité encadrant la commercialisation de ces produits, comme le recommande toujours la CEDEAO par le même Règlement C/REG.13/12/12. 

Ce vide juridique est préoccupant, car il peut entraîner des conséquences importantes et des impacts négatifs sur le processus de sélection des fournisseurs d’engrais et d’amendements organiques et sur le calendrier des autres activités de la campagne en cours.

(2) Deuxième jet

Magatte NGOM, ingénieur agronome de classe exceptionnelle

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