Depuis 202
1, le projet de transfert d’eau de Baba Garage vers le DAC de Keur Samba Kane suscite de nombreuses interrogations au sein des communautés locales et des acteurs engagés dans la préservation des ressources naturelles.Malgré les alertes formulées depuis plusieurs années, le PRODAC semble poursuivre l’option de mise en œuvre de ce projet, initié sous l’ancien régime, alors même que plusieurs préoccupations majeures demeurent sans réponse.
Au regard des informations disponibles, ce projet n’aurait pas fait l’objet d’une évaluation environnementale et sociale approfondie, conforme aux exigences réglementaires et aux standards applicables. L’absence d’études hydrogéologiques préalables pose également un problème de fond, notamment après la découverte du caractère salé de la nappe au niveau du site initialement ciblé qui est le village de Kairé situé dans la commune de keur Samba Kane.
Cette situation aurait conduit à envisager une extension du réseau à partir de Mewndou et de Fanaye, localités situées dans la commune de Baba Garage. Or, une telle réorientation technique ne peut être considérée comme un simple ajustement opérationnel. Elle exige une réévaluation complète du projet, de ses impacts potentiels et de sa viabilité environnementale.
Aujourd’hui, l’objectif annoncé semble se limiter à la mise en valeur de 15 à 20 hectares de terres affectées par le sel, loin des 1 000 hectares initialement prévus. Ce changement d’échelle interroge sur la pertinence économique, technique et sociale du projet dans sa forme actuelle.
Au-delà des aspects techniques, la démarche pose également un problème de gouvernance locale. Les populations concernées dénoncent un déficit de concertation, un manque de transparence et l’absence d’un véritable dialogue territorial. Des atteintes à des sites culturellement sensibles, notamment des cimetières, auraient également été signalées lors du tracé, ce qui constitue une préoccupation sociale et culturelle majeure.
Dans une zone déjà fragilisée par des déficits pluviométriques récurrents, le transfert de ressources hydriques à grande échelle doit être analysé avec prudence. Les risques de rabattement des nappes, d’infiltration saline, d’appauvrissement des sols et de dégradation des écosystèmes ne peuvent être ignorés.
Depuis la révision constitutionnelle du 5 avril 2016, la gestion des ressources naturelles au Sénégal repose sur des principes renforcés : propriété du peuple, transparence, finalité sociale et préservation du foncier. Le droit à un environnement sain est désormais un droit constitutionnel invocable par chaque citoyen.
Dans ce contexte, l’évaluation environnementale des projets à impact significatif n’est pas une simple formalité administrative. Elle constitue une exigence démocratique, scientifique et constitutionnelle.
Avec l’Association pour le Développement de Mewndou et le Collectif pour la préservation et la valorisation des ressources de Baba Garage, nous appelons à une approche responsable :
réalisation d’études environnementales, sociales et hydrogéologiques indépendantes ;
ouverture d’un cadre de concertation inclusif avec les populations concernées ;
examen d’alternatives techniques, notamment l’osmose inversée pour le dessalement sur place ;
étude sérieuse d’une éventuelle délocalisation vers une zone plus appropriée.
Le développement agricole est indispensable. Mais il ne peut se construire au détriment des ressources hydriques, du foncier, du patrimoine culturel et des droits des communautés locales.
La science, la transparence et la participation citoyenne doivent guider toute décision publique ayant un impact durable sur les territoires.
Dr Oumar DIOKHANE
CEO Cabinet AIDFIngénieurs Conseils
Coordonnateur Collectif Préservation/valorisation de nos ressources
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