La biodiversité s’impose au cœur des enjeux du développement durable, de la souveraineté des États et de la coopération internationale. À Erevan, en Arménie, le Sénégal prend part à la
17ᵉ Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (COP 17), avec une ambition majeure : contribuer à faire des engagements internationaux des résultats concrets pour les pays et les communautés.Représentant le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, le 16 octobre dernier, au Sommet des leaders de la biodiversité, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Aliou Gori Diouf, porte la participation du Sénégal à ce rendez-vous international consacré à la conservation du patrimoine naturel.
Le financement, nerf de la mise en œuvre
Au-delà des déclarations d’intention, la question des ressources financières demeure déterminante. Les discussions d’Erevan mettent en évidence les divergences persistantes sur le financement de la biodiversité et l’adéquation des moyens disponibles aux besoins des pays en développement.
Pour le Sénégal et les pays africains, l’enjeu est de promouvoir des financements prévisibles, accessibles et adaptés aux priorités nationales. La mobilisation des ressources doit permettre de soutenir les politiques de conservation, de restauration des écosystèmes et de suivi des engagements.

Partage des avantages : une exigence d’équité
Les négociations sur le Fonds de Cali et l’information de séquençage numérique soulèvent une question fondamentale : comment garantir un partage équitable des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques et des données qui leur sont associées ?
Le Sénégal a intérêt à défendre des règles transparentes, vérifiables et opérationnelles, tout en veillant à ce que les mécanismes adoptés prennent en compte les besoins des pays bénéficiaires et la participation des communautés détentrices de savoirs traditionnels.
Le droit, levier de mise en œuvre du Cadre mondial
En marge des négociations, le Sénégal, le Gabon, Madagascar, la République démocratique du Congo et le Zimbabwe ont institué un dialogue visant à faire du droit un levier majeur de la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité.
Cette initiative souligne l’importance de la dimension juridique dans la traduction des engagements internationaux en mesures concrètes au niveau national. L’effectivité du Cadre mondial dépend en effet de la capacité des États à renforcer leurs dispositifs juridiques, à consolider leurs mécanismes d’application et à assurer une meilleure cohérence entre les engagements internationaux et les politiques publiques nationales.

Pour ces pays africains, ce dialogue constitue ainsi un cadre de réflexion et de coopération autour du rôle du droit dans la protection du patrimoine naturel, la responsabilisation des acteurs et l’application effective des objectifs mondiaux en matière de biodiversité.
Science, biosécurité et capacités nationales
Les discussions sur le Protocole de Cartagena rappellent également l’importance d’une évaluation rigoureuse des risques liés aux organismes vivants modifiés (OVM). Les outils numériques et l’intelligence artificielle peuvent contribuer à améliorer l’analyse, mais ils ne sauraient remplacer l’expertise scientifique, la transparence et l’examen par les pairs.
Le renforcement des laboratoires, la formation des spécialistes et l’accès aux technologies constituent ainsi des leviers essentiels pour permettre aux pays africains de participer pleinement à la gouvernance mondiale de la biodiversité.
Le Directeur des Parcs nationaux du Sénégal, M. Ibrahima Gueye, a également, pris part à un événement parallèle organisé par l’UICN sur le renforcement du réseau TSCC, afin d’accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal.
Une rencontre qui met en avant le dialogue interrégional, le partage d’expériences et la coopération comme leviers pour transformer les engagements internationaux en actions concrètes de conservation de la biodiversité.
Une diplomatie environnementale tournée vers les résultats
Du financement au suivi des engagements, en passant par la biosécurité, le partage des avantages et le renforcement des cadres juridiques, les travaux d’Erevan illustrent la complexité des négociations multilatérales. Le bulletin de la délégation sénégalaise, consacré aux travaux des 19 au 21 octobre 2026, fait état d’avancées ponctuelles, mais aussi de divergences qui restent à résoudre, dans l’attente du bilan global de la participation sénégalaise à cette COP Biodiversité, dont les travaux doivent s’achever le 30 octobre 2026.

Pour le Sénégal, la priorité est de défendre une gouvernance environnementale fondée sur l’équité, la responsabilité et la solidarité internationale. La préservation de la biodiversité ne peut reposer sur les seuls engagements des pays les plus vulnérables ; elle exige des moyens financiers, scientifiques, techniques et juridiques à la hauteur des ambitions affichées.
Protéger la biodiversité, c’est aussi préserver les ressources naturelles, renforcer la résilience des populations et garantir les conditions d’un développement durable pour les générations présentes et futures.
Babou Birame FAYE
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