« Souvent, la première séance, c’est juste ça : pleurer et parler. »
À Ziguinchor, Moustapha Mendy a appris à reconnaître les silences. Ils arrivent souvent avant les mots.
Assis face à lui, les migrants de retour parlent rarement d’abord d’argent, de projets ou d’emploi. Ils parlent de ce qu’ils ont perdu en chemin. Des rêves interrompus. Des années loin de leurs proches. De la honte parfois. De l’impression d’avoir échoué.
Depuis plusieurs années, Moustapha écoute ces récits presque quotidiennement. Des centaines d’histoires différentes, mais souvent traversées par les mêmes blessures : l’isolement, la perte de confiance en soi et la difficulté à retrouver sa place après le retour. « J’ai vu que certains migrants de retour souffraient davantage d’isolement et d’un sentiment de honte que de pauvreté », explique-t-il.
Pour lui, cette réalité a profondément transformé sa compréhension de la réintégration. Car revenir chez soi n’est pas toujours la fin du voyage. Parfois, c’en est la partie la plus difficile.
Écouter avant d’agir
L’engagement de Moustapha auprès des migrants de retour commence en 20
19 lorsqu’il rejoint l’OIM en tant que facilitateur communautaire. Pendant plusieurs années, il accompagne des centaines de migrants à travers des enquêtes de bien-être, des entretiens individuels, l’élaboration de projets économiques et le suivi de leurs parcours de réintégration.Depuis janvier 2026, il poursuit ce travail comme mentor communautaire spécialisé dans l’accompagnement psychosocial.
Son approche repose sur une conviction simple : aucune réintégration durable n’est possible sans bien-être psychosocial. « Notre rôle est d’offrir un espace où chacun peut parler librement, sans peur d’être jugé, et avancer à son propre rythme », explique-t-il.
Lors des séances individuelles, Moustapha prend le temps d’écouter les migrants raconter leur parcours, leurs inquiétudes et leurs aspirations. Au fil des échanges, il les aide à reprendre confiance en eux et à retrouver progressivement un sentiment de contrôle sur leur avenir.
Mais son accompagnement ne s’arrête pas à la porte du bureau. Il maintient le contact par téléphone, effectue des visites à domicile et oriente les bénéficiaires vers les services et partenaires adaptés lorsque cela est nécessaire. Il intervient également auprès des familles lorsque le dialogue a été fragilisé par l’absence ou les tensions liées au retour.
Pour lui, accompagner un migrant, c’est aussi accompagner son environnement. « Aider un migrant à se réintégrer, c’est stabiliser toute une communauté », résume-t-il.
Retrouver sa place parmi les autres
La reconstruction passe aussi par le collectif. À Ziguinchor, les activités communautaires occupent une place centrale dans l’accompagnement proposé par Moustapha. Fabrication de savon, production d’eau javellisée, teinture artisanale ou jeux socio-éducatifs deviennent des espaces de rencontre, d’apprentissage et de solidarité.
Bien plus que de simples activités génératrices de revenus, elles permettent aux migrants de sortir de l’isolement, de recréer des liens sociaux et de reprendre confiance dans leurs capacités. « Je crois que l’écoute, le partage d’expériences et les activités manuelles peuvent parfois aider à guérir plus rapidement que l’attente d’un financement », explique-t-il.
Les résultats sont visibles. Certains migrants qui vivaient auparavant dans un isolement presque total développent progressivement une activité économique, retrouvent leur autonomie et reprennent une place active dans leur communauté.
L’un des bénéficiaires accompagnés par Moustapha, autrefois entièrement dépendant d’un voisin pour subvenir à ses besoins quotidiens, génère aujourd’hui ses propres revenus grâce à la production de produits javellisants. Plus encore, il participe désormais à l’accueil et à l’accompagnement d’autres migrants de retour.
Pour Moustapha, ces transformations illustrent une réalité souvent méconnue : la réintégration ne se mesure pas uniquement aux revenus. Elle se mesure aussi à la dignité retrouvée, aux liens reconstruits et à la capacité de croire à nouveau en l’avenir.
| *** Cette histoire a été rédigée par Yaya Diallo, Chargé de communication, OIM Sénégal. |





