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Cโ€™est une vieille rengaine, une mรฉlodie aussi usรฉe quโ€™un ballon sur un terrain de altรฉritรฉ : quand lโ€™#Afrique organise un grand tournoi de football, la presse internationale, bienveillante ou narquoise, parle dโ€™improvisation, de retard, de ยซ chantiers ร  la derniรจre minute ยป. On รฉvoque avec un frisson les stades-fantรดmes post-Coupe du monde. Le rรฉcit est rodรฉ. Sauf que pour cette Coupe dโ€™Afrique des Nations 2025, le disque sโ€™est grippรฉ. La musique est diffรฉrente. Le sujet, lancinant, qui remonte des dรฉpรชches de #New York ร  Shanghai en passant par #Bruxelles, nโ€™est plus le ยซ est-ce que ce sera prรชt ? ยป, mais le ยซ comment ont-ils fait, surtout sous la pelouse ? ยป. Le #Maroc, pays hรดte, a rรฉussi un coup double : livrer des infrastructures qui imposent le silence, et rendre obsolรจte le regard condescendant. Le vrai scoop, pour les observateurs รฉtrangers, ne niche pas dans lโ€™architecture futuriste du Grand Stade de #Casablanca, mais sous ses pieds, dans lโ€™humilitรฉ du sol. Dans son systรจme de drainage. Une rรฉvolution discrรจte qui a fait se pencher, incrรฉdules, ingรฉnieurs et journalistes du monde entier.

Commenรงons notre revue de presse par le Nouveau Monde, terre du pragmatisme et de la tech. Le Wall Street Journal, dans un article titrรฉ ยซ How Morocco Built a Football Field That Drinks Water ยป (Comment le Maroc a construit un terrain de foot qui boit de lโ€™eau), sโ€™รฉmerveille de lโ€™approche systรฉmique. Le journal note que, loin de se contenter dโ€™importer des solutions clefs en main, le Maroc a hybridรฉ des technologies nรฉerlandaises de pointe avec une ingรฉnierie locale rodรฉe ร  la raretรฉ de lโ€™eau. Leur source cite un consultant du MIT interrogรฉ sur le projet de Marrakech : ยซ Cโ€™est une philosophie inversรฉe. On ne pense plus seulement ร  รฉvacuer lโ€™eau dโ€™un orage subit. On pense ร  la capturer, ร  la ralentir, ร  la faire circuler sous le terrain comme un systรจme sanguin pour irrigation et refroidissement. Le terrain devient une รฉponge intelligente. ยป Du cรดtรฉ de la cรดte Ouest, le magazine Wired abonde, mais avec son lexique : *ยซ Les stades marocains sont des ยซย terrains-jardinsย ยป. Sous la pelouse hybride (naturelle et synthรฉtique), un empilement de couches filtrantes, de granulats calibrรฉs et de tuyaux capillaires fait plus que drainer : il rรฉgule un microclimat. Des capteurs mesurent en temps rรฉel lโ€™humiditรฉ ร  40 cm de profondeur et pilotent lโ€™aspiration ou la restitution. Cโ€™est du big data pour vers de terre. ยป* Lโ€™Amรฉrique, fascinรฉe, y voit une victoire de la data sur les รฉlรฉments.

Passons ร  la perspective chinoise, elle aussi riche dโ€™enseignements. Le China Daily, porte-voix officiel, souligne dans un long format lโ€™excellence de la ยซ coopรฉration technique ยป entre entreprises chinoises (qui ont participรฉ ร  la construction de certains stades) et le savoir-faire marocain. Mais cโ€™est dans les colonnes plus spรฉcialisรฉes du Global Times que lโ€™analyse devient intรฉressante. Le journal, proche du PCC, relรจve : ยซ La maรฎtrise de lโ€™eau a toujours รฉtรฉ le fondement des civilisations. Le Maroc le dรฉmontre avec ces infrastructures sportives. Leurs techniques de drainage ne sont pas une simple prouesse technique, mais un acte politique de souverainetรฉ. Ils rendent leur territoire rรฉsilient, et donc leur projet national visible. Cโ€™est une leรงon pour beaucoup de pays en dรฉveloppement. ยป Lโ€™agence de presse Xinhua, dans un reportage diffusรฉ internationalement, insiste longuement sur la rรฉutilisation des eaux drainรฉes pour lโ€™arrosage des espaces verts avoisinants, un argument qui rรฉsonne puissamment dans une Chine confrontรฉe ร  des dรฉfis รฉcologiques majeurs. Le regard est moins sur le ballon que sur la gestion du territoire.

En Europe, le ton est un mรฉlange dโ€™admiration teintรฉe de surprise, et dโ€™un examen de conscience discret. Le Monde, en France, titre sobrement : ยซ CAN 2025 : au Maroc, la qualitรฉ des terrains fait lโ€™unanimitรฉ avant mรชme le coup dโ€™envoi ยป. Lโ€™article, trรจs dรฉtaillรฉ, convoque un expert de la Ligue de Football Professionnel (LFP) franรงais : ยซ Leurs pelouses sont probablement parmi les cinq meilleures au monde actuellement. La rapiditรฉ dโ€™absorption est spectaculaire. Vous pouvez avoir un orage tropical dโ€™une heure, et vingt minutes aprรจs, le jeu est possible sans aquaplaning. Pour nous, en Europe du Nord, cโ€™est le Graal. Ils lโ€™ont atteint sous un climat semi-aride, cโ€™est tout simplement un exploit agronomique et technique. ยป Le Guardian britannique, dans un style plus narratif, raconte la visite de dรฉlรฉguรฉs de la FIFA et de lโ€™UEFA : ยซ Ils sont repartis avec des รฉchantillons de terre et des schรฉmas. Il y a dix ans, le flux de connaissances allait strictement du Nord vers le Sud. Lร , il sโ€™inverse sur un point prรฉcis, mais crucial. ยป Le journal allemand Der Spiegel est le plus direct, avec un brin dโ€™autodรฉrision : ยซ Pendant que nos clubs de Bundesliga luttent encore contre les terrains gorgรฉs dโ€™eau en hiver, le Maroc nous montre comment construire un รฉcosystรจme sous la pelouse. Nous avons peut-รชtre sous-estimรฉ lโ€™innovation qui pouvait naรฎtre de la pression de la raretรฉ. ยป

Alors, de quoi sโ€™agit-il concrรจtement ? Le ยซ miracle ยป marocain repose sur une superposition de couches (un ยซย gรขteauย ยป de 80 cm ร  1 mรจtre dโ€™รฉpaisseur) qui est ร  la terre battue ce quโ€™un moteur hybride est ร  une charrette. Au sommet, une pelouse hybride ร  95% de gazon naturel, renforcรฉe par 3% de fibres synthรฉtiques. En dessous, non pas une simple couche de graviers, mais un substrat ultra-drainant de sable siliceux lavรฉ, calibrรฉ au millimรจtre. Puis vient le cล“ur du systรจme : un rรฉseau de drains non pas en simples tuyaux, mais en forme de nid dโ€™abeille ou de racines, connectรฉ ร  des chambres de rรฉtention et de rรฉgulation. Lโ€™eau nโ€™est pas expulsรฉe violemment ; elle est guidรฉe, stockรฉe temporairement, puis libรฉrรฉe ou rรฉorientรฉe vers des bassins de rรฉtention. Cโ€™est un systรจme lenticulaire ร  lโ€™รฉchelle dโ€™un stade. La vรฉritable innovation est dans la philosophie : le terrain nโ€™est plus une barriรจre impermรฉable, mais un รฉlรฉment permรฉable et actif de gestion du cycle de lโ€™eau.

Au-delร  de la technique, ce qui frappe dans cette revue de presse internationale, cโ€™est le renversement du narratif. Le Maroc, en maรฎtrisant lโ€™รฉlรฉment le plus capricieux pour un organisateur โ€“ la mรฉtรฉo โ€“, a imposรฉ un nouveau sujet de conversation. On ne parle plus de ce qui pourrait manquer, mais de ce quโ€™il y a ร  apprendre. La CAN 2025 devient ainsi, avant mรชme son premier coup de sifflet, le thรฉรขtre dโ€™une petite rรฉvolution silencieuse. Une leรงon venue du Sud : parfois, pour briller sur la scรจne mondiale, il faut dโ€™abord savoir trรจs bien faire disparaรฎtre lโ€™eau sous ses pieds. Et รงa, cโ€™est une nouvelle qui mรฉrite bien plus quโ€™un entrefilet dans la rubrique sportive.

Par Fouad El Mazouni

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