Le développement de l’approvisionnement en eau potable dans nos villes et nos campagnes s’est accompagné, au fil des années, de projets d’assainissement d’envergure.
Au Sénégal, et particulièrement à Dakar, des progrès importants ont été réalisés. En l’espace de vingt ans, le réseau d’eaux usées est passé d’environ 300 km à près de
1 200 km, tandis que le réseau d’évacuation des eaux pluviales est passé de 80 km à plus de 400 km, selon les données statistiques disponibles.Cependant, malgré ces avancées significatives, de nombreux défis persistent.
Dans les zones périurbaines et les banlieues de Dakar, la majorité des ménages reste équipée de fosses septiques. Cette situation engendre chaque année près de 200 000 m³ de boues de vidange, nécessitant plus de 30 000 rotations de camions vidangeurs ainsi que la construction de plusieurs stations de traitement des boues de vidange.
A. Les problématiques de l’assainissement
1. Les réseaux collectifs
Les réseaux collectifs d’assainissement demeurent confrontés à plusieurs contraintes majeures :
La vétusté et le sous-dimensionnement des infrastructures face à des débits aujourd’hui beaucoup plus importants que ceux initialement prévus ;
La prise en charge non anticipée des eaux pluviales, qui transportent sable, déchets et détritus de toutes sortes ;
Une exploitation souvent déficitaire, liée au manque de ressources financières, matérielles et techniques ;
L’insuffisance de formation des intervenants, notamment des opérateurs de terrain.
2. L’assainissement autonome
L’assainissement autonome souffre également de nombreuses insuffisances :
Des systèmes de stockage, d’infiltration et de digestion souvent inadaptés ;
Une urbanisation mal planifiée rendant difficile l’accès des camions de vidange ;
Le manque d’infrastructures adéquates de traitement ;
La forte compacité des boues, liée notamment à l’insuffisance d’eau dans les systèmes ;
L’absence de formation et d’encadrement des différents acteurs du secteur.
B. L’approche programmatique des investissements au Sénégal
Le réseau d’eaux usées et pluviales constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de l’assainissement à Dakar. Cette situation est aggravée par :
Le manque de sensibilisation des populations ;
Les engorgements récurrents ;
La vétusté des ouvrages ;
L’absence d’auto-curage efficace ;
Et surtout, l’urbanisation galopante et les constructions en hauteur non prises en compte dans les conceptions initiales.
Face à ces enjeux, l’approche programmatique doit intégrer plusieurs axes prioritaires :
Un vaste programme de sensibilisation des populations pour une meilleure utilisation des équipements sanitaires et une meilleure préservation des réseaux ;
La stabilisation des trottoirs et des voiries afin de limiter le ruissellement du sable et des déchets solides ;
La mise en place de réseaux modernes et correctement dimensionnés, capables d’anticiper l’évolution urbaine ;
Le remplacement progressif des anciennes canalisations en grès vernissé ou en amiante, aujourd’hui colmatées, ensablées ou infiltrées par des eaux parasites ;
La protection des stations d’épuration contre les rejets chimiques et les huiles industrielles ;
L’obligation de systèmes de prétraitement dans les stations-service, les industries et les structures hospitalières afin de réduire les charges polluantes ;
La valorisation des sous-produits de l’assainissement, notamment les boues et les eaux traitées, à des fins agricoles ou pour certaines infrastructures ;
L’amélioration des délais d’intervention des services afin de renforcer la confiance des populations ;
La création d’un centre national de formation, de recherche et de développement dédié à l’assainissement.
Réformes institutionnelles
Dans le cadre des réformes institutionnelles envisagées, notamment l’ouverture à l’affermage ou à la concession, il est essentiel de prévoir un système de financement durable basé sur la facturation ou les redevances de service.
Toutefois, il convient de rappeler que la privatisation du secteur de l’assainissement ne peut être envisagée selon les mêmes principes que ceux appliqués à la réforme du secteur de l’eau, compte tenu des réalités sociales, sanitaires et environnementales spécifiques à l’assainissement.
L’assainissement autonome : une priorité sociale et environnementale
L’assainissement autonome est principalement implanté dans des zones précaires et insuffisamment loties. Malgré les efforts importants déployés par l’ONAS, son amélioration nécessite des actions fortes et structurées :
La vulgarisation et la formation des populations à la conception et à l’utilisation de fosses septiques adaptées ;
L’élaboration et la diffusion de plans-types accessibles aux ménages ;
La mise en place d’un système de certification des camions vidangeurs afin de garantir le respect des normes et du futur Code de l’assainissement ;
Le développement de stations de traitement des boues équipées d’unités de compostage et de méthanisation pour valoriser les produits dérivés ;
La formation continue des exploitants et gestionnaires des stations de traitement ;
Le renforcement de la recherche appliquée dans le domaine de l’assainissement autonome.
Conclusion
L’assainissement constitue aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, de développement urbain et de préservation environnementale au Sénégal.
Les défis sont importants, mais les opportunités le sont tout autant. Une approche programmatique efficace, fondée sur l’anticipation, la sensibilisation, l’innovation, la formation et des investissements durables, permettra de construire un système d’assainissement plus résilient, inclusif et adapté aux réalités de notre pays.
L’avenir de nos villes et la qualité de vie de nos populations en dépendent.
Babacar NDIAYE
Président Directeur Général de la GEAUR
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