La République expliquée aux grands enfants : LFI, LFR, quand les grands enfants se disputent le budget de la maison !

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Imaginons une grande famille sénégalaise. En début d’année, les parents réunissent tout le monde pour préparer le budget : manger, payer l’électricité, envoyer les enfants à l’école, soigner les malades et réparer le toit avant l’hivernage.

Pour simplifier, ramenons les comptes de l’État à ceux de cette famille. Elle prévoit de dépenser

10 000 francs, mais ne compte recevoir que 8 325 francs. Il manque 1 675 francs qu’il faudra trouver ailleurs, notamment en empruntant. On discute, on adopte le budget. Voilà notre loi de finances initiale (LFI).

Quelques mois plus tard, les revenus ne sont pas au rendez-vous, les factures augmentent et le toit commence à fuir. Il faut revoir les comptes. Avec les proportions du budget rectificatif sénégalais de 2026, pour 10 000 francs de dépenses, notre famille ne prévoit plus que 7 712 francs de recettes. Il lui manque désormais 2 288 francs !

Voilà notre loi de finances rectificative (LFR). Jusque-là, même un enfant de dix ans peut comprendre.

Mais voilà que celui qui avait préparé et défendu le premier budget, avant de quitter la gestion quotidienne de la maison, revient quelques mois plus tard pour dénoncer le nouveau budget et demander son rejet !

En a-t-il le droit ? Bien évidemment ! Mais les autres peuvent aussi lui demander : « Et le premier budget, qui l’avait préparé ? Qu’est-ce qui a changé depuis ? Et toi, que proposes-tu maintenant ? »

Première leçon : on peut changer d’avis, mais on ne peut pas décider de ne plus avoir de mémoire.

Et voici maintenant les aînés, chargés de représenter la famille et de contrôler les dépenses, qui annoncent qu’ils refuseront le nouveau budget parce que leur chef en a décidé ainsi.

Pourtant, représenter une famille, ce n’est pas obéir aveuglément à celui qui parle le plus fort. L’aîné doit écouter ses parents, ses frères et sœurs, mais aussi réfléchir, discuter et défendre les intérêts de tous, même lorsqu’il faut avoir le courage de dire non.

C’est justement pourquoi notre Constitution prévoit que chaque député vote personnellement, sans être juridiquement tenu d’obéir aux consignes d’un chef de parti.

Deuxième leçon : un député n’est pas une télécommande entre les mains d’un chef de parti.

Mais attention ! Les aînés ne sont pas non plus les propriétaires de la maison. Notre Constitution prévoit des mécanismes pour éviter qu’un désaccord budgétaire ne paralyse durablement l’État. Et ce n’est pas parce qu’on dispose d’un pouvoir qu’il faut nécessairement en user.

Troisième leçon : dans une République, personne ne devrait confondre son pouvoir avec tous les pouvoirs.

Revenons à nos comptes. Pour l’année suivante, notre famille espère améliorer la situation. Sur 10 000 francs de dépenses, elle prévoit 8 164 francs de recettes. Le manque est ramené à 1 836 francs.

Bonne nouvelle ? Oui, en partie. Mais notre famille doit aussi rembourser ses anciens emprunts. Et, à la même échelle, les remboursements arrivant à échéance en 2027 représentent 6 182 francs !

Elle pourra peut-être emprunter à nouveau pour rembourser une partie de ses anciennes dettes. Encore faudra-t-il trouver des prêteurs et accepter leurs conditions. D’autant que l’ancien gestionnaire du budget a lui-même révélé l’existence d’une dette jusque-là cachée ! De quoi rendre les prêteurs un peu plus méfiants…

Quatrième leçon : emprunter pour rembourser un ancien emprunt peut donner du temps, mais ne fait pas disparaître la dette.

Il faut donc choisir. Reporter la réparation du toit ? Réduire les dépenses scolaires ? Demander davantage à ceux qui gagnent le plus ? Supprimer certaines dépenses inutiles ?

Voilà le véritable débat budgétaire. Une économie intelligente consiste à supprimer le gaspillage, pas à sacrifier ce qui protège la famille et prépare son avenir.

Cinquième leçon : un bon budget n’est pas simplement celui qui dépense moins. C’est celui qui dépense mieux, protège les plus vulnérables et prépare l’avenir.

Mais pendant que les grands enfants se disputent les comptes, la vie continue dans la maison.

Le maçon qui a réparé le toit attend toujours son argent. Sans ce paiement, il peine à acheter ses matériaux, à rémunérer ses ouvriers et à nourrir sa famille. Voilà ce que vivent certaines entreprises auxquelles l’État doit de l’argent.

La grand-mère sans ressources attend son aide. Les enfants ont besoin de leurs fournitures. Des familles comptent sur les bourses de sécurité familiale et les dispositifs de solidarité. Pour elles, quelques milliers de francs ne sont pas une abstraction budgétaire. C’est parfois la différence entre manger et se priver.

Bien sûr, le refus d’un budget ne signifie pas que tous les paiements s’arrêtent automatiquement. Mais les blocages et les retards ont des conséquences. Les entreprises ne vivent pas de discours, pas plus que les familles vulnérables ne se nourrissent de déclarations politiques.

Alors, que chacun assume ses responsabilités ! Que le gouvernement explique ses choix, que les députés examinent les chiffres et proposent des solutions, et que les anciens gouvernants assument leur bilan.

Car les disputes des adultes ne paient pas les factures, ne créent pas d’emplois et ne remboursent pas les emprunts.

Sixième leçon : l’inaction aussi a un coût. Et les caprices des grands enfants peuvent coûter très cher à ceux qui n’ont rien demandé.

La République n’est pas une cour de récréation. Et le budget national n’est pas un jouet politique.

Les grands enfants peuvent se permettre de bouder. Les entreprises, les travailleurs et les familles vulnérables, eux, ne peuvent pas mettre leur vie en pause en attendant qu’ils se réconcilient.

Voilà, chers grands enfants, notre leçon du jour !

Pr Falilou COUNDOUL

Universitaire, acteur politique et responsable du Think Tank Pragmatisme Social-Démocrate

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