Transition énergétique : le CRADESC se penche sur les enjeux et les critères de la « justice » et de « l’équité »

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Dans le cadre de l’exécution du projet de Renforcement de Capacités des Acteurs Non Étatiques (RECANE) pour la mise en œuvre du Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP) au Sénégal, un atelier de restitution de la recherche sur la définition, les enjeux et les critères de la « justice » et de « l’équité » dans la transition énergétique a été organisé, vendredi 06 mars, par le Centre de Recherche et d’Action sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels (CRADESC), en partenariat avec African Climate Foundation.

« Visant à créer un espace de dialogue scientifique, participatif et multipartite permettant de restituer, d’interroger et d’enrichir les résultats de la recherche afin de renforcer l’ancrage des droits humains dans les politiques énergétiques et climatiques, l’atelier a rassemblé les institutions et agences publiques en charge de l’énergie, de l’environnement, des droits humains et de la planification ; les organisations de la société civile, y compris celles représentant les communautés vulnérables, les femmes, les jeunes et les populations affectées par les projets énergétiques ; les chercheurs, universitaires et experts du domaine énergie-climat-DESC ; les partenaires techniques et financiers ; et bien d’autres parties prenantes », explique Dr Fatima Diallo, directrice exécutive du CRADESC.

Au-delà de ses activités de renforcement des capacités sous forme de formation, de sensibilisation, le CRADECS s’est engagé aussi, selon Dr Fatima Diallo, dans un vaste chantier de recherche sur cette question. « La recherche que nous restituons aujourd’hui nous permet de voir qu’au regard de la définition ou de la vision que le Sénégal a de la transition énergétique, il y a quand même une déconnexion entre la vision de l’État, beaucoup plus technocrate, visant plus une approche macro-économique, qui revient plus essentiellement sur, par exemple, le déploiement du renouvelable, le nombre de kilowatts qui vont être produits à travers les énergies renouvelables, notamment dans le cadre du mix énergétique qui est recherché d’ici 2030, dans le cadre du JETP, à au moins à 40% de renouvelables. Donc l’État est plus concentré sur ces questions », précise-t-elle.

L’État est, ajoute-t-elle, « davantage concentré dans sa compréhension de la transition énergétique dans les mégaprojets, notamment ceux menés par la Sénélec, en vue de renforcer davantage ce mix électrique. Aussi la vision de l’État, c’est la mise en place, non seulement d’un cadre macro-économique, mais aussi d’un cadre juridique, réglementaire et institutionnel qui permettent d’encadrer l’ensemble des initiatives de transition énergétique ». Toutefois, note la directrice exécutive du CRADECS, « tous ces préalables restent certes importants, mais pour les communautés, pour la société sénégalaise de manière générale, déjà beaucoup ne comprennent pas nécessairement ce que veut dire la transition énergétique. La vision qu’elles ont de la transition énergétique, si elle doit être menée et qu’elle devrait être juste et équitable, elle doit répondre à leurs préoccupations quotidiennes ».

Et Mme Diallo de poursuivre : « pour la femme par exemple qui est à Saint-Louis, qui est dans la transformation des produits halieutiques, l’enjeu c’est comment, avec les énergies renouvelables, elle pourrait avoir accès à un réseau qui serait des mini réseaux lui permettant, par exemple, de réduire la pénibilité de son travail et lui donner l’accès à l’énergie à un moindre coût. Donc l’abordabilité du coût de l’énergie, là préoccuperait davantage que les questions de mégawatts et les questions de grands réseaux et de grandes centrales visant l’installation du renouvelable ».

Pour Dr Fatima Diallo, ce qui les intéresse davantage les communautés, c’est aussi comment dans la transition énergétique, la dimension procédurale de la justice est prise en considération. « Quand on parle de la dimension procédurale, cela veut dire comment on inclut l’ensemble des parties prenantes, mais surtout les personnes qui vont être les plus affectées dans cette transition énergétique. Donc leur vision, c’est une transition énergétique où la justice procédurale est une réalité et cela suppose les inclure », explique-t-elle.

A l’en croire, le sentiment qui est aujourd’hui, largement partagé au regard des résultats de la recherche, « c’est le manque de transparence sur le plan d’investissement, la faible consultation des communautés lors de l’élaboration du plan d’investissement. Et ça, c’est des résultats que nous avons capturés tant au niveau des échanges que nous avons eu avec les collectivités locales, mais aussi au niveau des communautés dans les différentes régions qui ont été visitées dans le cadre de cette recherche ».

L’autre aspect aussi qui revient dans cette recherche, qui concerne la préoccupation des communautés, c’est, toujours selon Mme Diallo, la question du respect ou de la protection des droits acquis, notamment des droits fonciers qui sont déjà acquis.

Cette étude analyse, selon les propres termes de son auteur, le Dr Pape Fara Diallo, les enjeux de la transition énergétique au Sénégal en intégrant les notions de justice et d’équité. « Elle clarifie les concepts fondamentaux, puis examine l’impact des politiques nationales à la lumière des attentes sociales, notamment dans les territoires vulnérables. Elle met aussi en lumière les défis institutionnels, propose une évaluation critique de la gouvernance actuelle et formule des recommandations », explique le consultant.

Le système, toujours de l’avis du consultant, bénéficie d’un engagement fort de l’Etat vers les énergies renouvelables, appuyé par des textes et la Vision Sénégal 2050. « Néanmoins, l’accent trop marqué sur la production électrique et les hydrocarbures, combiné à un financement majoritairement par prêts, engendre des risques d’iniquité et un déficit de participation sociale, freinant ainsi la durabilité et la juste dans la transition énergétique ».

Espacedev

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