Le GIEC vient d’écarter officiellement son scénario climatique le plus catastrophique, le jugeant désormais improbable. Une décision que les climatosceptiques s’empressent de récupérer comme preuve d’une science défaillante. C’est exactement l’inverse. Derrière ce retrait se cache une réalité plus nuancée — et une urgence climatique qui, elle, ne disparaît pas.
Ce que vous allez apprendre
- Ce qu’est le scénario RCP 8.5 et pourquoi il vient d’être abandonné
- Pourquoi cet abandon est une bonne nouvelle partielle, et non une victoire totale
- Ce que les nouveaux scénarios climatiques prévoient concrètement pour la fin du siècle
Un scénario apocalyptique écarté — mais pas pour les raisons qu’on croit
Depuis plus d’une décennie, le RCP 8.5 hantait les rapports climatiques. Ce scénario décrivait un monde où l’exploitation des combustibles fossiles s’emballe sans frein jusqu’en 2
100, portant le réchauffement planétaire jusqu’à 4,8 °C au-dessus des niveaux préindustriels.Il vient d’être officiellement exclu du prochain rapport d’évaluation du GIEC. Non pas parce que les climatologues se seraient trompés. Mais parce que le monde a — partiellement — changé de trajectoire.
Comprendre les RCP : la météo du futur en chiffres
En 2011, le climatologue Detlef van Vuuren et son équipe ont mis au point un système de scénarios baptisés trajectoires de concentration représentatives, les RCP. Leur logique est simple : selon la quantité de gaz à effet de serre accumulée dans l’atmosphère d’ici 2100, combien de chaleur supplémentaire sera piégée par mètre carré ?
Quatre niveaux ont été définis, allant de 2,6 à 8,5 watts par mètre carré. Le RCP 8.5 représentait le plafond absolu — non pas le scénario le plus probable, mais le pire envisageable.
En 2021, le GIEC a enrichi ces modèles en y intégrant des trajectoires socio-économiques, donnant naissance aux SSP. Le SSP5-8.5 combinait ainsi forte croissance économique et dépendance maximale aux fossiles.

Pourquoi ce scénario est devenu improbable
Quinze ans après sa conception, van Vuuren lui-même, avec des dizaines de climatologues internationaux, a signé un article affirmant que le SSP5-8.5 ne reflète plus une trajectoire crédible.
La raison est concrète : l’essor massif des énergies renouvelables. Solaire, éolien, véhicules électriques, batteries — la baisse spectaculaire des coûts de l’énergie propre a infléchi la courbe des émissions futures de manière significative.
Une expansion continue des fossiles à l’échelle mondiale au rythme imaginé en 2011 est aujourd’hui structurellement peu probable.
Ce que les climatosceptiques font de cette décision
L’exclusion du RCP 8.5 a immédiatement été exploitée par les climatosceptiques — Donald Trump en tête — comme la preuve que le changement climatique était une manipulation scientifique.
Le climatologue Andrew King, de l’Université de Melbourne, répond sans détour : ce retrait est précisément la démonstration que les politiques climatiques ont eu un impact réel. Écarter un scénario devenu improbable, c’est faire de la science rigoureuse — pas la corriger.
Un danger réel qui ne disparaît pas
L’abandon du pire scénario ne signifie pas que la menace s’évanouit. Les nouveaux modèles hauts de gamme prévoient toujours un réchauffement pouvant atteindre 3,5 °C d’ici 2100 — dans l’hypothèse où le monde ferait très peu, voire rien, pour réduire ses émissions dans la seconde moitié du siècle.
Un réchauffement de 3,5 °C reste catastrophique. La trajectoire actuelle des politiques climatiques maintient les émissions mondiales relativement stables — ce qui est insuffisant pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris.
Le pire a peut-être été évité. Le danger, lui, est toujours là.
Avec Sciencepost
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