Comment TotalEnergies influence la science

Après la diffusion du documentaire L’Emprise Total, qui décrypte les stratégies d’influence de TotalEnergies pour maintenir son acceptabilité sociale, nous publions aujourd’hui un nouveau volet de notre travail sur le soft power de l’entreprise : une enquête sur la présence tentaculaire de Total dans le milieu de la recherche scientifique.

Plusieurs mois d’investigation nous auront conduit à cette conclusion : oui, la présence de Total dans le milieu de la science influence la recherche sur l’énergie et sur la transition énergétique.

Besoin de redorer son image

Ce n’est un secret pour personne : TotalEnergies est une entreprise dont le modèle économique basé sur l’exploitation des énergies fossiles (pétrole et gaz) est dépassé. L’entreprise est un des acteurs majeurs de l’industrie des fossiles, qui est responsable de 81% à 91% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. L’impact sur le climat est immense et cette industrie cause des dégâts importants sur la biodiversité, en plus d’attiser des conflits et d’être source de trop nombreuses violations des droits humains.

TotalEnergies le sait : niveau image, cela va de plus en plus mal. De plus en plus de Françaises et Français ont fait du climat une de leurs principales préoccupations et Total fait partie des méchants de l’histoire. Alors pour maintenir l’acceptabilité de son activité climaticide, l’entreprise use de stratégies d’influence diverses et variées pour s’immiscer dans nos vies et se rendre indispensable dans de nombreuses sphères de la société, comme l’art, l’éducation, le sport et la science.

Une présence tentaculaire dans le milieu scientifique

Une partie de la communauté scientifique internationale, notamment le GIEC, ne cesse de nous alerter sur la situation critique dans laquelle nous sommes et sur le besoin impérieux de cesser l’exploitation effrénée des énergies fossiles. C’est donc très mauvais pour le business de TotalEnergies.

Pour s’en sortir et retarder de plus en plus l’adoption d’un cadre réglementaire qui va contraindre son activité, Total finance à tour de bras des recherches dont les résultats pourraient lui permettre de continuer comme si de rien n’était à émettre toujours plus de CO2. Cela passe par une présence accrue dans le milieu de la recherche scientifique.

Notre enquête, qui a passé au crible 103 structures de recherche publique (telles que les universités ou des organismes publics de recherche comme le CNRS), montre que plus de la moitié d’entre elles ont des liens avec TotalEnergies, qu’il s’agisse de financement, de collaboration ou de co-direction d’une structure de recherche. Pour 31% de ces structures, le lien avec Total va au-delà du simple financement. Or, l’ouvrage Lobbytomie de Stéphane Horel, indique que “les recherches sponsorisées ont 4 à 8 fois plus de chances de déboucher sur des conclusions favorables aux industriels” qui les financent.

Et vous savez quel type de recherche est financé par TotalEnergies ? Des recherches sur les énergies fossiles, en très grande majorité (44%), et lorsqu’il s’agit de réfléchir à la transition énergétique, ce sont surtout des travaux sur des fausses solutions qui ont les faveurs de Total, comme la capture de carbone.

La capture et le stockae de carbone sont une technologie que l’on sait loin d’être à la hauteur de l’enjeu climatique. Elle reste pourtant centrale pour Total puisque l’entreprise l’utilise pour justifier le développement de nouveaux projets pétroliers ou gaziers toujours plus émetteurs en CO2, en misant sur une technique permettant de le capturer.

De cette manière, TotalEnergies impose dans le récit scientifique dominant sa vision de la transition énergétique : une transition technologique, à petits pas, sans remise en cause de son modèle économique, sans prise en compte des enjeux de sobriété et d’efficacité énergétique.

Des laboratoires de recherche noyautés

Quelques exemples concrets :

Paris – Saclay est un immense complexe au sud de Paris qui regroupe 71 000 entreprises, 65 000 étudiant-es, 10 000 chercheurs et chercheuses et 400 start-up. En cours d’agrandissement, il devrait concentrer à terme un quart de la recherche française publique et privée. Dans ce “cluster scientifique et technologique” visant à devenir une Silicon Valley à la française, TotalEnergies exerce toute son influence. Financement de chaires et de laboratoires, collaboration au sein de programmes de recherche, lancement de projets scientifiques, présence au sein de la gouvernance de structures de recherche ou d’établissements d’enseignement supérieur, participation à des événements scientifiques ou encore à la vie étudiante : le groupe TotalEnergies est l’un des plus gros sponsors de la recherche à Paris – Saclay, où 85% des laboratoires de recherche sur le climat sont liés à l’entreprise. Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, est même membre du Conseil d’administration d’une des écoles les plus prestigieuses de ce complexe, Polytechnique.

L’Université de Pau, quant à elle, est complètement dépendante de TotalEnergies. Au cours de notre enquête, nous avons découvert grâce à une source interne que l’entreprise apporte 20% à 30% des ressources propres de l’université. Pour ce qui est de la recherche scientifique à Pau, il s’avère que 41 % des laboratoires de l’université sont liés à TotalEnergies, notamment les plus importants. Trois laboratoires clés de l’université, regroupant la moitié des scientifiques de l’université, travaillent en partenariat avec la multinationale. L’un d’entre eux, le laboratoire des fluides complexes et leurs réservoirs, est même codirigé par TotalEnergies et des salarié·es de la multinationale y travaillent aux côtés des chercheurs académiques. Bien évidemment, les trois quarts des partenariats de Total avec l’université de Pau portent sur les énergies fossiles.

Source : Greenpeace

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