Moody’s vient d’abaisser une nouvelle fois la note souveraine du Sénégal, désormais classé 𝐂𝐚𝐚𝟐 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐩𝐞𝐫𝐬𝐩𝐞𝐜𝐭𝐢𝐯𝐞 𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐭𝐢𝐯e. Il serait commode d’y voir encore la seule conséquence de la « dette cachée ». Ce serait oublier qu’entre l’héritage reçu et la situation actuelle, il y a eu plus de deux années de gouvernement, des choix économiques, une manière de gérer la révélation de la dette, une longue paralysie de la relation avec le FMI, un recul de l’investissement et, désormais, des tensions institutionnelles qui peuvent affecter la capacité de l’État à décider et à mettre en œuvre ses engagements.
Il faut prendre l’alerte au sérieux, mais surtout ne pas paniquer. La défiance nourrit la hausse des taux, les taux alourdissent le service de la dette et cet alourdissement nourrit à son tour la défiance. 𝐋𝐚 𝐫𝐞́𝐩𝐨𝐧𝐬𝐞 𝐝𝐮 𝐆𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐨𝐢𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐜 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐚𝐧𝐭 𝐪𝐮𝐞 𝐟𝐢𝐧𝐚𝐧𝐜𝐢𝐞̀𝐫𝐞 : reprendre la gouvernance de la dette, imposer une vérité financière unique et certifiée, encadrer la parole souveraine et protéger l’investissement. Il ne peut plus y avoir plusieurs lectures concurrentes de la situation financière selon les camps et les circonstances : 𝐜𝐞 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐥𝐞 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥 𝐚 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧, 𝐜𝐞 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐡𝐢𝐟𝐟𝐫𝐞𝐬 𝐝𝐮 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥.
Le Parlement ne doit pas devenir une 𝐢𝐧𝐬𝐭𝐢𝐭𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐞𝐦𝐩𝐞̂𝐜𝐡𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭. Il doit exercer pleinement son rôle de contrôle, mais également assumer le coût de ses décisions. Le droit de dire non doit être accompagné de l’obligation de dire comment. Refuser une recette, une économie ou une réforme financière est parfaitement légitime ; encore faut-il présenter une alternative chiffrée et en assumer les conséquences sur le déficit, la dette et le financement de l’État. Le contre-pouvoir est nécessaire à la démocratie. L’empêchement sans solution peut, lui, coûter cher à la République.
Surtout, aucune solution ne devrait être interdite par posture politique. Si la soutenabilité de la dette l’exige, 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐨𝐮 𝐮𝐧 𝐫𝐞𝐩𝐫𝐨𝐟𝐢𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐨𝐫𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞́ 𝐝𝐨𝐢𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐞𝐱𝐚𝐦𝐢𝐧𝐞́𝐬 𝐬𝐚𝐧𝐬 𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞́𝐬 𝐞𝐧 𝐡𝐮𝐦𝐢𝐥𝐢𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞. La souveraineté ne consiste pas à refuser une solution parce qu’elle contredit un discours antérieur ; elle consiste à conserver la liberté de choisir l’option qui protège le mieux l’État, l’économie et les générations qui devront supporter cette dette.
Il faut enfin protéger l’investissement. Une dette élevée impose de maîtriser les dépenses, mais une économie dont la croissance hors hydrocarbures et agriculture tombe à 𝟏,𝟔 % ne se désendettera pas durablement par la seule compression budgétaire. Il faut investir, soutenir la production, renforcer les entreprises et faire croître l’économie réelle qui doit porter cette dette.
Arthur Schnitzler écrivait : « Il y a trois sortes d’hommes politiques : ceux qui troublent l’eau ; ceux qui pêchent en eau trouble ; et ceux — les plus doués — qui troublent l’eau pour pêcher en eau trouble. »
L’eau était déjà trouble. Mais plus de deux années ont passé. Il faut désormais regarder ceux qui ont été chargés de la clarifier, ceux dont certaines paroles ou décisions ont pu contribuer à l’agiter davantage, ceux qui disposent aujourd’hui du pouvoir institutionnel de rendre cette clarification plus difficile 𝐞𝐭 𝐬𝐮𝐫𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐜𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐩𝐞𝐮𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐫𝐨𝐟𝐢𝐭𝐞𝐫 𝐝𝐮 𝐭𝐫𝐨𝐮𝐛𝐥𝐞.
La dette ne peut pas rester indéfiniment une arme permettant d’accuser le passé, d’empêcher le présent et de préparer politiquement l’avenir. Elle doit redevenir une politique publique gouvernée par la prévision, la transparence, la responsabilité et le choix rationnel entre toutes les solutions disponibles.
Les affrontements politiques peuvent affaiblir un pouvoir. Mais les marchés, eux, ne facturent pas leur défiance à un homme ou à un camp.
𝐈𝐥𝐬 𝐥𝐚 𝐟𝐚𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐮 𝐒𝐞́𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥, 𝐞𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐠𝐞́𝐧𝐞́𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐟𝐮𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬.
𝐏𝐫 𝐅𝐚𝐥𝐢𝐥𝐨𝐮 𝐂𝐎𝐔𝐍𝐃𝐎𝐔𝐋 R
11; 𝐄𝐧𝐬𝐞𝐢𝐠𝐧𝐚𝐧𝐭-𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐮𝐫, 𝐚𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐩𝐨𝐥𝐢𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐫𝐞𝐬𝐩𝐨𝐧𝐬𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝𝐮 𝐓𝐡𝐢𝐧𝐤 𝐓𝐚𝐧𝐤 𝐏𝐫𝐚𝐠𝐦𝐚𝐭𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐒𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥-𝐃𝐞́𝐦𝐨𝐜𝐫𝐚𝐭𝐞 " "




