Objet : Licences de pêche démersale côtière : appel à votre arbitrage pour préserver les ressources halieutiques et les engagements de l’État
La Coalition Nationale pour une Pêche Durable (CONAPED), regroupant des organisations de la pêche artisanale et de la pêche industrielle, souhaite attirer votre attention sur la proposition de nouvelles licences de pêche démersale côtière et les risques d’une pression accrue sur des ressources déjà fortement sollicitées.
A la suite des échanges avec les autorités, notamment lors de la rencontre du 9 juin 2026 à la
Primature, il avait été décidé de surseoir à l’attribution de quatre licences afin de permettre un examen de la situation. Alors que ce dossier demeure en examen, le risque d’une réactivation du dispositif de dégel subsiste.
L’arrêté n° 09965 du 30 avril 2026, portant dégel partiel des licences, n’ayant pas fait l’objet d’une abrogation formelle à ce jour, demeure susceptible d’être mobilisé.
La CONAPED demande donc la clarification définitive de son statut et, s’il demeure en vigueur, son abrogation formelle afin de prévenir toute réactivation du dispositif.
Des avis scientifiques qui appellent à la prudence
Le débat sur les licences ne saurait être réduit à l’existence d’un « potentiel exploitable » pour certaines espèces. La CONAPED rappelle que les éléments scientifiques du CRODT appellent à la prudence : les quelques espèces disposant encore d’un potentiel cohabitent, dans une pêcherie mixte, avec une majorité de stocks déjà surexploités, rendant difficile d’éviter les captures accessoires d’espèces fragilisées. Ainsi, ce potentiel ne peut justifier une augmentation générale de l’effort de pêche, au risque d’accroître simultanément la pression sur les stocks déjà surexploités.
La CONAPED considère donc qu’aucune nouvelle licence de pêche démersale côtière ne doit être attribuée tant que l’état des ressources ne permet pas de garantir une exploitation durable, conformément aux recommandations du CRODT et au principe de précaution.
Les raisons du gel instauré depuis 2006 demeurent
Le gel des licences de pêche démersale côtière, instauré depuis 2006 pour contenir les risques de surexploitation, demeure pleinement justifié : vingt ans plus tard, l’état des stocks reste préoccupant et s’est même dégradé pour plusieurs ressources. Dans ces conditions, la CONAPED s’interroge sur la logique d’un dégel alors que les raisons du gel persistent. La présence de stocks pleinement exploités ou surexploités appelle davantage à la prudence qu’à une augmentation de l’effort de pêche. L’introduction de nouveaux chalutiers risque d’accroître cette pression et ne permet pas de cibler exclusivement les espèces disposant encore d’un potentiel exploitable.
La CONAPED estime donc que le potentiel exploitable de certaines espèces ne constitue pas un fondement suffisant pour remettre en cause le gel. Le principe de précaution commande de maintenir le gel des nouvelles licences tant que l’état global des stocks ne permet pas de garantir une exploitation durable.
Le respect des engagements en faveur d’une pêche durable
Les autorités sénégalaises ont pris des engagements en faveur d’une gestion durable des ressources halieutiques, notamment à travers la Charte pour une pêche durable que votre coalition asignée avec la CONAPED et ses 13 points. L’engagement n°1 est sans ambiguïté : « Geler l’octroi de toute nouvelle licence de pêche industrielle sur des stocks pleinement exploités et surexploités ». Cet engagement doit rester une boussole pour toute décision relative à l’accès aux ressources halieutiques. L’attribution de nouvelles licences sur des stocks fragilisés serait difficilement cohérente avec les engagements de l’État et les efforts entrepris pour restaurer les ressources.
La CONAPED appelle ainsi à la cohérence entre les engagements pris par l’État, les décisions administratives et l’impératif de préservation des ressources halieutiques.
Une sécurité alimentaire qui doit être appréciée dans sa globalité
La CONAPED partage pleinement l’objectif de souveraineté alimentaire et d’approvisionnement durable du marché national. Toutefois, le potentiel exploitable de 2 921 tonnes avancé pour justifier le dégel et qui, en réalité, fait à peine 2 000 tonnes, doit être mis en perspective avec les quelque 300 à 350 000 tonnes débarquées par la pêche artisanale. Par ailleurs, la sécurité alimentaire du Sénégal repose principalement sur les petits pélagiques, et non sur les espèces démersales côtières concernées.
Ainsi, la sécurité alimentaire ne saurait justifier une pression supplémentaire sur des stocks déjà fragilisés pour un impact aussi limité sur l’approvisionnement national.
Un appel à votre haute intervention (arbitrage)
Excellence, Monsieur le Président de la République,
La CONAPED est consciente de la nécessité pour l’État de concilier les impératifs économiques, sociaux et alimentaires du pays. C’est précisément parce que cette décision engage l’avenir du secteur de la pêche que nous sollicitons votre arbitrage. Nous ne contestons ni les prérogatives des autorités compétentes ni la nécessité d’examiner la question des licences. Nous demandons que toute décision soit guidée par la science, le principe de précaution, les engagements de l’État et l’intérêt national à long terme.
A ce titre, la CONAPED sollicite respectueusement votre arbitrage afin :
- de maintenir le gel de l’attribution de nouvelles licences industrielles sur les stocks pleinement exploités ou surexploités ;
- de faire prévaloir les recommandations du CRODT dans toute décision relative à l’augmentation de l’effort de pêche ;
- de ne permettre aucune augmentation de la pression sur les ressources démersales côtières tant que leur état ne garantit pas une exploitation durable ;
- de clarifier définitivement le statut de l’arrêté n° 09965 du 30 avril 2026 et, s’il demeure en vigueur, de procéder à son abrogation formelle, afin de prévenir toute réactivation du dispositif ;
- de garantir une concertation nationale réellement inclusive sur l’avenir des pêches et toute décision affectant l’accès aux ressources.
Notre démarche n’est dirigée contre aucune personne. Elle relève d’une responsabilité collective : préserver une ressource qui appartient à la Nation et dont dépend l’avenir de milliers de familles, de communautés et de professionnels de la pêche. Nous vous demandons donc de faire de la préservation de la ressource halieutique et de la cohérence des engagements de l’État le principe directeur de l’arbitrage attendu.
Préserver la ressource aujourd’hui, c’est préserver la pêche de demain.
Veuillez agréer, Excellence, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
Pour la Coalition Nationale pour une Pêche Durable (CONAPED)
Malick Fall
Coordonnateur
Dakar, le 10 septembre 2026
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