Le 28 avril 2026, au Palais de la République, le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement installé le Conseil stratégique de l’initiative SunuChampions — quinze entreprises nationales à fort potentiel, sélectionnées pour être accompagnées, protégées, propulsées vers la compétitivité régionale et internationale. Un État qui se pose enfin en partenaire de ses champions économiques, après des décennies d’absence coupable.
L’annonce est belle, mais elle mérite pourtant d’être mise en regard d’une autre réalité, moins glorieuse, que la mémoire nationale a trop vite ensevelie sous les sables de l’indifférence : celle de trois grands capitaines d’industrie sénégalais que des régimes successifs ont regardé sombrer, sans jamais tendre la main. Leurs noms ? Moctar Sow, Mamadou Sow et Bocar Samba Dièye. Trois hommes, trois destins brisés, trois leçons que SunuChampions ne pourra prétendre à rien si elle ne les intègre pas comme des avertissements fondateurs.
Trois hommes, trois trajectoires, trois empires économiques bâtis à la force du poignet dans un Sénégal où l’entrepreneuriat relevait souvent davantage de l’endurance que du privilège. Et pourtant, malgré leurs différences de parcours, de générations et de secteurs d’activité, Moctar Sow, Mamadou Sow et Bocar Samba Dièye semblent avoir été rattrapés par la même mécanique : celle d’un système économique qui sait célébrer ses bâtisseurs lorsqu’ils réussissent, mais qui, lorsqu’ils vacillent, les laisse seuls face aux banques, aux procédures et au temps.
Ces trois identités remarquables sénégalaises n’ont jamais rien demandé. Leur seule obsession a été le respect de leur honneur. Cette phrase résume peut-être à elle seule tout le drame de ces trois hommes. Ils ne demandaient pas la charité. Ils demandaient juste qu’on reconnaisse ce qu’ils avaient construit pour leur pays : des usines, des emplois, des réseaux de distribution, des infrastructures… Une part du Sénégal économique moderne. Leur histoire pose une question terrible : un pays peut-il réellement bâtir des champions nationaux s’il ne sait pas les protéger lorsque survient la tempête ?
SunuChampions, l’intention est juste, le risque systémique intact
Le Conseil stratégique de SunuChampions, lors de sa première session tenue en présence du chef de l’État, a salué une démarche qui « redéfinit en profondeur les rapports entre l’État et le secteur privé, en clarifiant les rôles de chacun et en libérant les énergies au service d’un véritable partenariat de développement ». Le cœur du programme repose sur une ambition claire : sélectionner quinze entreprises à fort potentiel au terme d’un appel à candidatures rigoureux et transparent, pour en faire de véritables locomotives de l’économie, capables d’innover et de créer des emplois durables.
L’intention est juste. Le diagnostic est aussi assez exact. « Aucune souveraineté économique durable ne se construit sans un tissu d’entreprises nationales solides, compétitives au niveau national, régional et international, capables d’innover et d’entraîner derrière elles des pans entiers de l’économie », affirme la présidence de la République. Personne ne contestera cette formule. Elle aurait pu être prononcée en 20
12, quand Matforce était encore debout. Elle ne l’a pas été.C’est précisément là que réside le risque central de SunuChampions. Non pas dans sa conception – qui emprunte intelligemment aux modèles de politique industrielle qui ont fait leurs preuves -, mais dans l’écart structurel entre les bonnes intentions affichées et les mécanismes concrets de protection qui, eux, sont absents ou insuffisants. Le modèle asiatique de promotion des champions nationaux, qu’il soit coréen ou chinois, se caractérise par un rôle important et constant de l’État, avec des entreprises et des pouvoirs publics étroitement associés, et une vision de politique industrielle de long terme[1]. Ce n’est pas un partenariat de façade, cérémoniel et symbolique. C’est un engagement opérationnel, activé en temps réel lorsque le champion vacille.
Les quatre erreurs à ne pas commettre
La première est de confondre sélection et protection. Sélectionner quinze entreprises et les accompagner vers la croissance, c’est la partie visible et gratifiante de l’exercice. La partie difficile — celle que les États africains ont systématiquement esquivée — consiste à garantir que ces mêmes entreprises ne seront pas dévorées demain par un créancier bancaire agressif, une procédure judiciaire mal conduite ou un marché public retardé. Un champion sélectionné par l’État mais abandonné à la discrétion des banques n’est pas un champion national. C’est une cible désignée. Il faut donc, parallèlement à l’accompagnement à la croissance, instaurer un mécanisme de veille et d’intervention rapide : dès lors qu’une entreprise labellisée SunuChampions entre en litige sérieux avec un créancier, une cellule de médiation publique dotée de capacités financières réelles doit pouvoir intervenir avant que les hypothèques ne soient réalisées. C’est la leçon de Matforce. C’est la leçon de la SIPL. C’est la leçon que le Sénégal n’a jamais apprise.
La deuxième erreur serait … (…) Pour lire la suite, cliquez sur : https://lesoleil.sn/opinions/point-de-vue/sunuchampions-une-belle-promesse-face-a-un-lourd-passif-les-erreurs-a-ne-surtout-pas-repeter-par-cheikh-thiam-economiste-journaliste/
" "




